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Nous rencontrons par hasard son représentant. L’homme est très ouvert et nous nous interrogeons ensemble sur les raisons de cette tragédie. Les possibilités de ratés moteur sur un avion de construction amateur bien entretenu, mais fonctionnant à l’essence auto : vapor lock ? Les raisons possibles de ce demi-tour. Nous avançons notre explication : et si le pilote avait tenté un atterrissage à gauche mais avait dû continuer son virage devant les énormes balles compactes de plus de 300 kg disposées un peu partout sur sa trajectoire ? Simple hypothèse, bien sûr. Nous l’informons quand même avoir déjà signalé ce risque inutile à qui de droit il y a quelques années, les balles restant parfois en place pendant plusieurs semaines avant d’être ramassées par le paysan de service.
Notre homme de la PAF nous écoute sans commenter et, deux jours plus tard, nous réalisons que les balles ont été enlevées sans attendre, qu’un petit espace de vie a été rendu aux éventuels pilotes en détresse. Nous avons aimé cette réaction rapide et nous tenons à lui dire merci.
Cet accident nous a donné envie de revenir sur la question de la panne moteur après le décollage. Voici ce que nous écrivions en 1997. Qu’ajouter d’autre ?
En cas de panne moteur au décollage, s’il reste assez de piste, reposez-vous immédiatement. Si tel n’est pas le cas, n’essayez surtout pas de faire demi-tour. Dirigez-vous droit devant vous en choisissant le secteur qui vous semble le plus accueillant, secteur de 15° maximum de chaque côté de l’axe à partir de 300 ft. En dessous : tout droit !
A Lognes, il y a quelques mois, un avion a choisi un petit étang dans l’axe au décollage 26. Bilan : un avion détruit et quelques éclaboussures pour les passagers. Un autre pilote, plus bas lors de la panne, s’est posé lui aussi tout droit sur un toit d’entrepôt : pas une égratignure.
Il y a une dizaine d’années, toujours dans la même configuration de décollage, un pilote a pu imaginer un instant réussir son demi-tour avant de décrocher à basse altitude. Quatre morts.
Si cette question vous interpelle, faites donc l’expérience suivante : à une altitude suffisamment sûre pour rattraper tout départ involontaire en vrille, prenez un cap facilement identifiable à pente de montée, simulez une panne moteur, allez chercher la vitesse de finesse maximale et notez quelle hauteur vous avez perdu dans votre virage de 180° pour revenir au cap inverse. Notre instructeur l’a fait pour vous en Cessna 150, deux personnes à bord et le plein d’essence : 650 ft !
Globalement, les statistiques démontrent que le virage de retour vers le terrain tue bien plus qu’il ne sauve.
Il est bon d’envisager la panne au décollage lors de la check-list avant celui-ci et d’annoncer clairement et à haute voix ses intentions. Seul moyen pour ne pas être pris au dépourvu et ne pas avoir envie de faire demi-tour.
Par Jacques Callies
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