Donald Trump cherche des deals. En augmentant les droits de douane de 39 % sur les produits venant de Suisse, le président a provoqué une réaction assez rare dans le milieu très feutré de l’aviation d’affaires : la suspension par le constructeur suisse Pilatus de la livraison de ses avions sur le continent américain, essentiellement des PC 24 et PC12. Une décision comme un coup de semonce qui vise très certainement à mettre un coup de projecteur sur les décisions brutales du président MAGA. Officiellement, le dirigeant de Pilatus estime que cela crée une concurrence déloyale vis-à-vis des constructeurs américains.
Les clients américains pourraient donc avoir quelques surprises. Cette réponse suisse s’appuie sur la volonté de la direction de se diriger vers d’autres marchés, rappelant que la santé financière de l’entreprise est bonne et que la demande est soutenue, à la fois pour les avions civils et militaires, même sans le marché américain… Pilatus annonce également la suspension de toute prospection commerciale. Toutefois, personne n’est dupe sur la portée de ce coup de menton : le marché US est le premier marché mondial et on imagine mal le constructeur suisse se passer de cet espace économique. Cela représente 40 % de son activité. Cela permet aussi, sur le plan de la communication, de mettre une pression sur les politiciens suisses afin d’obtenir une atténuation de cette augmentation des droits de douane, qui auraient des conséquences graves pour l’industrie suisse. D’ailleurs, cette suspension est temporaire.
Et on peut dire que Pilatus va même aller dans le sens des désirs de deals de Donald Trump puisque le constructeur envisage d’implanter une usine de fabrication à Sarasota en Floride. Par ailleurs, ce serait un suicide économique, dans l’absolu, de déserter les USA. Les clients américains ont déjà tendance à privilégier leur production, si Pilatus s’éloignait, ils feraient preuve de pragmatisme en arbitrant pour les avions US. Le pouvoir reste bien dans les mains des USA au niveau des clients et de la direction du pays qui a toujours favorisé sa production locale. Toutefois, les dirigeants de Pilatus espèrent pouvoir assurer les emplois aux 3000 salariés de l’entreprise. Reste à savoir si Dassault sera soumis aux mêmes contraintes.