ESSAI EN VOL
Entre nostalgie des moteurs américains et maturité technologique des Rotax, le Bristell B23-916 iS marque une étape décisive dans l’évolution de l’aviation légère certifiée. Un an après l’essai du prototype, retour à Kunovice pour découvrir un avion abouti, puissant, sain en vol, et porteur d’une vision claire : conjuguer performances, sobriété et plaisir de piloter, sans renier l’héritage des Anciens.
À l’été 2024, notre essai du prototype du Bristell B23-916 iS s’ouvrait sur un clin d’œil générationnel : le message d’un lecteur regrettant l’époque des cellules américaines tout métal et des moteurs Continental ou Lycoming, face à une aviation légère désormais largement dominée par les Rotax. Ce contraste illustrait parfaitement la petite « querelle des Anciens et des Modernes » qui traverse le milieu aéronautique depuis que les moteurs certifiés Rotax ont démontré leur efficacité et leur sécurité. Avec un demi-siècle de pilotage derrière moi, je connais bien la nostalgie des gros moteurs américains, leur sonorité, leur couple, leur robustesse presque rustique. Mais je reconnais aussi, sans réserve, la pertinence technologique, environnementale et opérationnelle de la nouvelle génération Rotax, dont l’évolution accompagne celle de l’aviation légère moderne.
Kunovice, une culture industrielle assumée
Cet essai avait débuté chez BRM Aero, à Kunovice, où la visite de l’usine constitue presque un préambule obligé. Observer la fabrication complète d’un appareil – tôles, tubes, soudure, rivetage, peinture, assemblage – éclaire toujours le comportement en vol et permet de mieux comprendre la philosophie d’un constructeur. Je recommande d’ailleurs la visite des ateliers de Kunovice réalisée par Jean-Michel Bossuet sur notre chaîne YouTube : on y voit que, sous la direction de Milan Bristela et de son fils Martin, BRM Aero est une entreprise à la fois rigoureuse et créative, profondément ancrée dans une solide culture industrielle tchèque, héritée des savoir-faire de LET et d’Evektor. Le B23, comme l’ensemble de la famille Bristell, est l’héritier direct de cette compétence patiemment construite.
La journée d’essais était alors consacrée à un prototype basé sur une cellule de B23, motorisé par le nouveau Rotax 916 iS, encore dépourvu de nom définitif. Première surprise : une configuration monomanette, l’électronique gérant automatiquement le pas de l’hélice à vitesse constante. Cette simplification radicale réduit les risques d’erreur de manipulation et promet une longévité accrue du groupe motopropulseur. […]