SAFETY
Officiellement, aucun accident majeur d’aviation générale n’a encore été attribué à un feu de batterie lithium en vol. Les chiffres rassurent, mais ils sont trompeurs. L’absence de statistiques ne fait pas disparaître la menace d’un feu en vol d’une batterie lithium. Christophe Baulard, instructeur et pilote de ligne, alerte sur ce danger.
Il est des risques que nous choisissons de ne pas voir. Dans nos cockpits modernes, le « silence » des moteurs et la clarté des écrans créent une illusion de contrôle absolu. La tablette nous montre la route, le GPS nous rassure, la météo s’affiche en temps réel. Nous sommes tous équipés de téléphones portables. Tout semble sous contrôle. Jusqu’au moment où l’objet que nous croyons inoffensif et largement sous-estimé – une simple batterie lithium – refuse de l’être.
Il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe sorti de l’imagination d’un instructeur anxieux. Ces batteries ne se contentent pas de stocker de l’énergie. Elles peuvent la libérer en une violence silencieuse et imperceptible. Il s’agit d’une réalité physico-chimique bien documentée. Lorsqu’une batterie lithium entre en emballement thermique, elle ne brûle pas comme un fil électrique ou un isolant, elle se transforme en source autonome de chaleur, et dans l’espace confiné d’un cockpit d’avion léger, tout devient immédiat, le danger est personnel, direct et brutal.
Et pourtant, combien d’entre nous en parlent sérieusement ? Combien de fois avons-nous intégré ce risque dans notre formation, nos briefings, nos procédures ? La vérité est crue : presque jamais.
Le risque est bien présent en aviation commerciale qui bénéficie d’une culture du retour d’expérience beaucoup plus marquée qu’en aviation générale. Il est notamment pris en compte par les compagnies dans la formation de leurs personnels navigants. Aujourd’hui, seule la FAA – principalement pour les États-Unis – publie des statistiques publiques annuelles détaillant le nombre d’incidents impliquant des batteries lithium-ion dans des avions ; l’EASA reconnaît également une augmentation des événements, motivant de nouvelles recommandations en matière de communication et de formation. […]