C’est Fabio Michienzi, un lecteur qui nous envoie régulièrement les carnets de ses voyages, qui m’a soufflé le thème de cet édito : « Keep it up ! Votre magazine est un phare dans la tempête, et je vous en remercie : dans une époque où l’on semble avoir égaré la raison, cela fait du bien de prendre de l’altitude grâce à nos chers petits avions ! »
L’image me plaît. Elle correspond assez bien à notre équipe de rédacteurs pilotes qui gardent la foi, maintiennent le cap, continuent de voler, d’essayer des machines et d’écrire, alors même que le nouveau monde numérique bouscule des habitudes inscrites dans nos gènes depuis des lustres.
Les technologies ont évolué, les supports se sont multipliés, les écrans ont envahi nos vies. L’information circule désormais à la vitesse de la lumière : instantanée, fragmentée et souvent approximative. Mais une chose n’a pas changé : le besoin de repères. Dans le bruit permanent de l’époque, les repères valent parfois plus que les informations.
Un phare, précisément.
Un phare n’empêche pas la tempête. Il ne calme ni les vents ni les vagues. Mais il indique une position, une direction, une permanence. Dans la nuit, dans la brume ou dans les grains, il rappelle au marin qu’il existe encore une côte, un cap, une route possible.
Cette image vaut aussi pour l’aviation.
Car il faut bien reconnaître que l’époque est agitée. Les ayatollahs de tous poils, de tout âge et de tout sexe jettent l’anathème sur l’aérien avec une constance qui confine parfois à la liturgie. L’avion est devenu pour certains le symbole commode de toutes les dérives contemporaines : mondialisation, tourisme, commerce international… et sans doute bientôt la météo.
Pourtant, la réalité est plus nuancée. L’aviation représente une part modeste des émissions mondiales de CO₂ – à peine quelques pourcents – et elle n’a cessé d’améliorer ses performances énergétiques au fil des décennies. Les progrès technologiques, les carburants durables, l’optimisation des trajectoires ou encore les innovations industrielles en témoignent.
Et surtout, l’aviation reste indispensable. Elle relie les territoires, soutient les économies, permet les échanges scientifiques, culturels et humains. Elle transporte des médecins, des ingénieurs, des étudiants, des chercheurs, des humanitaires. Elle rapproche les continents et, bien souvent, les individus.
Le phare évoque ce point fixe qui guide le marin dans la tempête. Mais il évoque aussi le ciel. Un peu moins aujourd’hui, depuis l’invention du GPS et des systèmes de navigation satellitaires, mais je me souviens de mes vols VFR de nuit aux États-Unis lorsque, jeune pilote, je guettais dans l’obscurité les éclats verts et blancs d’un phare d’aéroport. Ce signal, qui semble bien archaïque aujourd’hui, avait une vertu incomparable : il me rassurait, confirmant que j’étais sur la bonne route et que ma destination approchait.
Dans notre aviation générale aussi, les phares existent : FFA, AOPA, FFPLUM, CAP, GIPAG, GIFAS… Ces organisations, parfois discrètes, structurent, défendent, organisent et fédèrent des communautés entières de passionnés et de professionnels. Des communautés qui partagent une même exigence : celle de la sécurité, de la responsabilité et de la transmission.
Je pense également à ceux qui incarnent cette permanence industrielle et technologique. Dassault Aviation en est un exemple éclatant. La société nous a fait l’honneur de nous inviter, ce 10 mars, au roll-out de son 10X. L’événement, comme toujours chez Dassault, était impressionnant, nous vous le racontons dans les pages de ce numéro. L’avion l’est tout autant : lignes nouvelles, innovations technologiques, performances exceptionnelles, un MMO à Mach .925, en résumé, le plus grand et le plus ambitieux des Falcon.
Mais au-delà du spectacle et de la prouesse industrielle, ce moment avait aussi valeur de symbole.
Car présenter un nouvel avion d’affaires dans un monde traversé par les crises, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques est en soi un message. Cela signifie que l’innovation continue, que les entreprises investissent encore, que la mobilité reste au cœur des échanges et du développement.
En somme, que les phares continuent de briller.
Et c’est peut-être cela, au fond, la mission d’un magazine spécialisé comme le nôtre : raconter ces lumières, ces trajectoires, ces machines et ces femmes et ces hommes qui refusent de céder au découragement ambiant.
Dans la tempête du moment, certains préfèrent éteindre les lumières.
Nous continuerons, pour notre part, à entretenir le phare – et à voler avec vous.
Jacques CALLIES