ESSAI EN VOL
Essai en vol du TBM 980 et de son avionique Garmin G3000 Prime, Daher redéfinit la relation entre le pilote et son avion. Après l’automanette et l’atterrissage automatique d’urgence, c’est désormais le cockpit lui-même qui change de nature.
Au début, il y a eu le pilotage à l’intuition, puis le pilotage aux sensations, mais je n’étais pas encore né. Lorsque j’ai eu l’âge de m’intéresser aux avions légers, on en était au stade du pilotage aux repères visuels, au cap et à la montre, aux calculs rapides griffonnés sur un genou, aux estimées plus ou moins précises selon la météo et l’humeur du vent. J’ai fait avec, naturellement, comme tout le monde. Mais aussitôt breveté, j’ai compris que si je voulais conserver ma licence, et surtout continuer à me faire plaisir sans me raconter d’histoires, il allait me falloir apprendre sérieusement à radionaviguer. Le cap et la montre réclamaient un talent que je n’avais pas vraiment.
Puis le GPS est arrivé. L’électronique a envahi les cockpits de nos avions, d’abord timidement, presque en s’excusant, puis avec une assurance grandissante. Les aiguilles ont reculé, les écrans se sont allumés, les cartes ont commencé à bouger toutes seules et, progressivement, tout est devenu « magique », comme l’on dit lorsque l’on ne veut pas avouer que l’on ne comprend pas toujours ce qui se passe derrière la vitre. À un point que beaucoup d’anciens ne peuvent imaginer sans froncer les sourcils, eux qui ont appris à douter d’un appareil électrique avant même de douter d’eux-mêmes.
J’ai eu la chance, au fil des années, de suivre cette évolution depuis une place privilégiée : celle du pilote invité, suffisamment formé et qualifié pour comprendre ce qu’on lui montre, suffisamment extérieur pour conserver l’émerveillement du passager, et assez honnête, je crois, pour reconnaître que la machine moderne fait parfois mieux que nous ce que nous prétendons maîtriser à la force du poignet.
Le TBM – il serait mon avion préféré, d’après la rumeur – m’a souvent servi de témoin dans cette histoire. Il y eut le temps du pilotage à la main et des erreurs parfois fatales, puis de l’e-copilot, ensuite de l’automanette qui changea profondément la manière de gérer la puissance, ensuite celui du HomeSafe ou Garmin Autoland qui osa poser frontalement une question presque sacrilège : que se passe-t-il si le pilote, ce héros supposé invulnérable autour duquel toute l’aviation légère s’est construite, n’est soudain plus là ? Et voici maintenant le TBM 980, équipé du Garmin G3000 Prime, non pas une simple évolution d’écran ou une nouvelle couche de vernis numérique, mais un véritable changement de langage entre le pilote et l’avion.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Depuis toujours, nous avons appris à faire parler les avions. Les vibrations, le bruit, les odeurs parfois, les aiguilles, les alarmes, les écarts de bille, les assiettes inhabituelles, les vario qui s’effondrent ou les badins qui s’animent trop vite. Chaque génération a eu son alphabet. Le G3000 Prime en propose un nouveau.
Et il faut reconnaître qu’il parle couramment notre époque. Mais avant d’en arriver là, il faut revenir un peu en arrière. […]