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Hal Sheevers a été un pilote d’aviation générale toute sa vie, passant avec aisance des appareils les plus modestes aux plus performants. Si on lui posait la question « Hal, quel est ton avion préféré ? » sa réponse était « The one I will fly tomorrow ! » (« Celui que vais piloter demain !).
Depuis l’annonce de la disparition de Hal Shevers, le 12 mai dernier, à l’âge de 90 ans, les souvenirs affluent avec une intensité particulière. Pour beaucoup, Hal restera le fondateur visionnaire de Sporty’s Pilot Shop, cet entrepreneur américain audacieux qui voulait, presque à lui seul, relancer l’aviation générale américaine. Pour nous, il était surtout un ami.
Notre première rencontre remonte à 1992. Hal débarquait alors en Europe avec ses boots de cow-boy, son humour irrésistible, son allure dégingandée et cette décontraction typiquement américaine qui cachait en réalité un entrepreneur hors norme. À l’époque déjà, il parlait avec un enthousiasme contagieux de son projet un peu fou : reconstruire un clone du Cessna 172, persuadé que l’avenir de l’aviation légère dépendait du retour d’un avion simple, populaire et accessible.
On pouvait sourire de ses idées, mais Hal n’était jamais dans le rêve gratuit. Ingénieur de formation, il avait très tôt compris les besoins concrets des pilotes en développant une radio VHF portable à coût abordable, une innovation qui allait contribuer à démocratiser l’équipement radio dans l’aviation légère et servir de point de départ à l’aventure Sporty’s. Visionnaire également dans le domaine commercial, il sut très tôt prendre le virage du numérique et développer son activité en Europe afin de faciliter l’accès des pilotes européens à ses produits.

Hal Sheevers lors d’une visite dans nos bureaux au bord de la piste de Lognes.
Mais derrière l’entrepreneur reconnu se trouvait surtout un homme profondément chaleureux, fidèle en amitié, curieux des autres et amoureux de la vie.
Après cette première rencontre, Hal et Sandy sont revenus presque chaque année en France jusqu’à leur retraite. Son épouse Sandy aimait passionnément apprendre le français ; Hal, lui, cultivait avec bonheur une autre forme d’art de vivre : les restaurants, le champagne et les longues conversations entre amis. Nous avons énormément partagé ensemble : des repas mémorables, des discussions sans fin, des éclats de rire… et quelques très belles bouteilles aussi.
Nous avons également eu la chance de les retrouver aux États-Unis, dans l’univers impressionnant de son entreprise située à Batavia, Ohio, puis aux Bahamas, dans son refuge de Pitts Town Point Landing, ce petit paradis avec sa piste privée qui lui ressemblait tellement : libre, atypique et tourné vers le ciel.
Avec Sandy, Hal a parcouru le monde aux commandes d’appareils très variés, du Piper Aztec au Cessna Citation, pour promouvoir l’aviation générale. Instructeur VFR et IFR, il n’avait jamais cessé de transmettre son savoir et son enthousiasme aux jeunes générations. Leur engagement commun en faveur de l’aviation allait d’ailleurs bien au-delà du simple cadre professionnel : création d’une école de pilotage, d’une unité de maintenance, d’un campus résidentiel et d’un système de bourses pour aider de jeunes pilotes et mécaniciens issus de milieux modestes… Hal et Sandy avaient fait de leur passion un véritable projet de vie.
Hal faisait partie de ces Américains plus grands que nature, capables de parler affaires, aviation, philosophie de vie et plaisirs de la table avec la même passion communicative. Aujourd’hui, c’est une page de notre histoire personnelle qui se tourne.
À Sandy, à Hal Jr., à sa famille et à tous ceux qui ont eu la chance de croiser sa route, nous adressons nos pensées les plus sincères.
Bon vol, Hal. Eternal blue skies and tail winds.


