Décidément, ce mois de juillet n’aura pas seulement fait grimper le mercure. Il aura aussi donné quelques solides coups de chaud aux pilotes… et, je l’avoue, à votre serviteur.
Premier coup de chaud : le rouge de la honte.
Le mois dernier, j’ai écrit que les contrôleurs aériens prenaient leur retraite à 57 ans. Plusieurs d’entre eux se sont empressés de me rappeler que la limite est désormais fixée à 59 ans. Mea culpa. L’erreur est toujours désagréable pour celui qui l’écrit, mais elle a au moins une vertu : elle oblige à écouter ceux qui vivent le sujet au quotidien. Les messages reçus avaient d’ailleurs un point commun. Aucun ne réclamait de travailler plus longtemps. Tous décrivaient un métier devenu plus lourd, plus exigeant, plus usant qu’autrefois. Trafic en constante augmentation, effectifs en baisse, travail de nuit, pression permanente… Derrière les caricatures faciles sur ces « privilégiés », j’ai surtout entendu un profond découragement. Voilà qui mérite sans doute davantage d’attention que quelques clichés ressassés.
Deuxième coup de chaud : le rouge de la colère.
Un de nos lecteurs effectue régulièrement des vols entre l’Autriche et la France. Son avion devait rejoindre Auxerre pour une visite de maintenance. Rien de plus banal : un vol intérieur à l’espace Schengen qui ne nécessite ni formalité douanière ni contrôle particulier. En théorie. Car, en pratique, le gestionnaire de l’aérodrome a exigé un préavis de vingt-quatre heures… pour la douane.
Voilà précisément le genre de décision qui décourage les pilotes étrangers de venir voler chez nous. Nous passons notre temps à promouvoir le tourisme aérien, à vanter nos aérodromes, nos régions, notre patrimoine, puis nous dressons nous-mêmes des barrières administratives qui n’ont parfois plus aucun fondement réglementaire. La bureaucratie possède ce talent très français de compliquer ce que l’Europe avait pourtant simplifié.
Troisième coup de chaud : celui, bien réel, de nos forêts.
Voir évoluer des Canadair au-dessus de la Seine-et-Marne aurait semblé presque incongru il y a encore quelques années. Aujourd’hui, ces images sont devenues familières. Le climat évolue. Les zones exposées aussi. Les incendies ne connaissent plus les frontières auxquelles nous étions habitués.
Dans cette lutte où chaque minute compte, l’avion demeure un outil irremplaçable. Nos CL-415 vieillissent, chacun le sait. Mais plutôt que de céder au pessimisme, réjouissons-nous de voir plusieurs industriels français préparer déjà leur succession. Kepplair, Positive Aviation, Hynaero… autant de projets différents qui témoignent d’une extraordinaire vitalité industrielle. L’aéronautique française n’a jamais cessé d’innover lorsqu’elle était confrontée à un défi.
Dernier coup de chaud enfin, celui d’un pilote allemand de Pilatus PC-6 rencontré, presque par hasard, sur le terrain italien de Caiolo-Sondrio. Comme beaucoup d’entre nous, il avait été marqué par le dramatique accident de Nancy impliquant un appareil identique. Il cherchait à comprendre. Chaleur ? Masse et centrage ? Performances ? Pilotage ? Carburant ? Il espérait glaner quelques éléments auprès de journalistes français. Je n’avais évidemment aucune réponse à lui apporter. Les hypothèses ne remplacent jamais une enquête, et le BEA établira les faits avec la rigueur qu’on lui connaît.
En revanche, j’ai observé une chose. Lors de ses rotations, il n’a pas cherché la démonstration. Ses montées étaient mesurées, réfléchies, laissant l’avion accélérer avant d’adopter la performance maximale. Peut-être n’y avait-il aucun rapport avec l’accident. Peut-être, au contraire, avait-il déjà retenu une leçon essentielle : lorsqu’il fait très chaud, la patience est souvent une qualité aéronautique.
Au fond, ces quatre coups de chaud racontent la même histoire.
Ils nous rappellent qu’il faut rester humbles. Humble lorsqu’on écrit, car l’on peut se tromper. Humble face à une réglementation que certains compliquent inutilement. Humble devant une nature qui change plus vite que prévu. Humble, enfin, devant les lois de l’aérodynamique qui, elles, ne transigent jamais.
L’aviation a toujours progressé ainsi. Non pas en niant les difficultés, mais en les affrontant. Chaque accident a permis d’améliorer la sécurité. Chaque crise a fait émerger de nouvelles technologies. Chaque génération de pilotes a appris à voler dans un environnement différent de celui de ses aînés.
Les coups de chaud de cet été finiront par passer. Les leçons qu’ils nous laissent, elles, mériteraient de rester un peu plus longtemps dans nos mémoires.
Jacques CALLIES


