Les incendies de l’été ont rappelé brutalement la vulnérabilité de la France face aux mégafeux. En Gironde, 42 000 hectares sont partis en fumée et plus de 240 maisons ont été détruites. À l’échelle nationale, les surfaces brûlées ont dépassé 120 000 hectares. Malgré les promesses de renforcement de la flotte aérienne de la Sécurité civile, la réalité reste loin des annonces officielles : au pire de la saison, seuls cinq Canadair sur douze étaient opérationnels. Cette situation nourrit la colère des pilotes, qui dénoncent depuis longtemps un sous-dimensionnement des moyens aériens. Pour eux, l’attaque massive au plus tôt reste la seule doctrine efficace face à des feux qui gagnent en intensité et en extension. Les difficultés de maintenance, les pièces détachées manquantes et les retards de disponibilité aggravent encore le problème. Le recours à la location d’appareils étrangers ou à des solutions d’appoint ne peut, selon eux, remplacer une flotte nationale correctement entretenue et renouvelée.
Une force de surveillance
Dans ce contexte, deux pilotes du secteur de Biscarrosse, Laurent Venet et Derry Grégoire, ont imaginé une réponse complémentaire : créer une force de surveillance, détection, alerte et réaction. Leur idée repose d’abord sur un guet aérien non armé assuré par des ULM, jugés peu coûteux, rapidement mobilisables et adaptés à la détection précoce des départs de feu. Ces appareils pourraient, selon eux, survoler de vastes zones avec une visibilité suffisante pour signaler très vite les fumées et transmettre les informations aux secours. Les deux hommes veulent aussi aller plus loin avec une base d’hydravions bombardiers d’eau de type Fire Boss à Biscarrosse. L’idée serait de profiter des lacs de la région pour disposer d’appareils capables d’écoper rapidement et de renforcer les Canadair, aujourd’hui trop peu nombreux. Ils défendent également la création d’une réserve aérienne citoyenne, composée de pilotes professionnels volontaires, pour assurer cette mission de surveillance à moindre coût.
Il faut convaincre les préfets en local
Le projet a suscité l’intérêt des élus locaux, mais il avance lentement. Dans le même temps, la question des moyens aériens de la Sécurité civile reste entière. Les hélicoptères, les Dash 8, les Canadair et même l’A400M ont été engagés cet été, mais sans dissiper les doutes sur la capacité de l’État à faire face à des incendies désormais plus fréquents, plus vastes et plus rapides. Les pilotes critiquent notamment la dépendance à un seul constructeur pour les Canadair et réclament une stratégie industrielle plus solide, capable de garantir le renouvellement de la flotte. Plusieurs pistes existent. Un projet de rétrofit des Canadair 415 est à l’étude. D’autres appareils sont envisagés, comme le Frégate 100, le Kepplair 72 ou le FF72, présentés comme des alternatives plus souples ou plus rapides à produire. Mais tous demandent des investissements lourds, du temps et une volonté politique claire. Au fond, le débat dépasse la seule question technique. Il interroge la stratégie de la France face au risque incendie à l’heure du changement climatique. Entre l’urgence des feux d’aujourd’hui et les promesses d’équipements de demain, la Sécurité civile reste en tension, et les professionnels du feu attendent des décisions à la hauteur du danger.


