Kepplair Evolution, l’entreprise qui prépare un avion bombardier d’eau du même nom, a fait voler début septembre un ATR 72 confié par le groupe ACIA, basé en Afrique et grand utilisateur du modèle. En effet, il était utilisé pour du fret avec une grande porte cargo. L’avion était piloté par Éric Delesalle, directeur des essais en vol du programme Kepplair, ancien chef pilote et pilote d’essais d’ATR pendant 17 ans. Il était accompagné par Axel Valat, pilote d’essai d’Aerotec & Concept, l’entreprise qui sera chargée de la conversion de l’appareil en bombardier d’eau. Cela lance très officiellement le programme du Kepplair 72.
Il était arrivé quelques semaines plus tôt pour préparer le vol de « pré-configuration », à savoir faire voler l’avion dans des situations proches, en termes de poids, de celles des pilotes bombardiers d’eau en mission feux, notamment volets sortis et train rentré. L’avion a réalisé deux vols d’essai dans le ciel toulousain avant d’être immobilisé au sol, au moins jusqu’à la fin de l’année, en vue de sa conversion. Il s’agit là du lancement officiel du programme.
Un système de largage conçu en interne
L’appareil sera équipé du système de largage KEDS (Kepplair Evolution Delivery System), spécialement développé par Kepplair Evolution avec le concours de l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse (IMFT), du professeur Dominique Legendre et de Trotter Controls, la référence internationale dans la conception et la fabrication de systèmes de télémétrie et de trappes de largage pour avions bombardiers d’eau.
Le système de largage a été mis au point au sein de l’IMFT sur un modèle à échelle 1. Ce vol était une forme de vérification de conformité, puisque Kepplair Evolution travaille sur un jumeau numérique de l’avion. L’ATR Kepplair 72 aura vocation à remplacer les Dash 8, dont la chaîne de production a été arrêtée en 2021, ce qui expose les pays utilisateurs à se retrouver dans la même situation que les bombardiers Canadair (arrêtés en 2015 et relancés en 2018). Cet arrêt peut exercer une certaine pression économique pour trouver un Dash d’occasion.
Les tests prévus pour 2027
Pour Kepplair Evolution, cet ATR représente une aide significative, puisque l’entreprise n’aura pas à débourser sept ou huit millions d’euros pour travailler sur un avion réel. À la fin de l’obtention du STC, l’avion sera rendu à ACIA. Les essais de largage seront effectués dans des conditions réelles en janvier 2027, avec une mise en service dès l’obtention du STC. Le programme dispose de plusieurs atouts. Kepplair part d’un avion qui est toujours en production ; sa configuration sera quasiment inchangée en termes de centrage et d’aérodynamique, ce qui n’impose pas de surcroît de puissance pour la mission. L’avion sera multirôle, comme le Dash, pouvant être utilisé pour transporter des sauveteurs sur un site de catastrophe ou du matériel.
Un soutien de l’État et de la Sécurité civile
Partir d’avions d’occasion permet de réduire encore les coûts, jusqu’à 50 % selon les concepteurs du projet. Le plus grand avantage sera la possibilité d’une mise rapide sur le marché, en environ trois ans, en attendant que d’autres modèles de bombardiers d’eau voient le jour. Cet appareil répond pleinement au souhait déjà exprimé au travers de rapports parlementaires de créer une filière française de production de bombardiers d’eau, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de DHC. Rappelons que Kepplair Evolution a reçu une lettre d’intérêt de la part de la Sécurité civile, ainsi qu’un soutien de l’État et de la région Occitanie.


