Les passagers de notre pavillon national (mais également la compagnie) ont échappé à une grève prévue le 11 janvier dont le principe avait été lancé par le SNPL. À l’origine de cette colère du syndicat, un conflit entre le centre de contrôle des opérations (CCO) qui veille sur l’exploitation (H24, 7j/7) et un commandant de bord de la compagnie qui avait refusé d’assurer un vol vers Biarritz en A319. Le motif de ce refus était pourtant assez simple : en l’absence d’un chef de cabine et ne pouvant compter sur la réserve habituelle de chefs de cabine, le CCO d’Air France avait imposé un PNC comme chef de cabine faisant fonction. Selon la compagnie, il disposait de toutes les prérogatives nécessaires pour occuper cette fonction. Le commandant de bord, seul maître à bord, a exprimé son refus, c’est dans ses prérogatives, sans même à avoir vraiment à le justifier. Par ailleurs, la réponse du CCO n’a semble-t-il été la mieux appropriée puisque le pilote a été écarté au profit d’un autre commandant de bord qui a accepté de faire le vol. On le sait, les hommes du CCO sont toujours dans une logique exploitation et donc l’annulation d’un vol est la pire des choses pour une compagnie. Les pilotes sont également dans une logique d’exploitation, mais en intégrant un peu plus de paramètres liés à l’avion, le timing et l’équipage. Parfois les points de vue se rejoignent, parfois, ils divergent. Au point d’arriver à des moments de crispations. C’est la dimension humaine de l’exploitation. Le SNPL a donc trouvé insupportable que la décision du commandant de bord soit contestée et a déposé un préavis de grève. On peut s’étonner que le syndicat, pour une affaire à la portée limitée (le vol a bien eu lieu sans incident avec le PNC faisant fonction), ait appelé à la grève. Depuis, les syndicats et la direction ont longuement « négocié », plus de six heures, pour parvenir à un accord en forme d’excuse, rappelant les prérogatives du commandant de bord face au reste du monde. Mais au sein d’Air France, la grève est presque une forme de tabou depuis celle de 2015 qui a créé une pagaille monstre et surtout généré un schisme profond entre PNC et PNT. Cet appel à la grève est à l’initiative du bureau du SNPL dirigé par Philippe Evain. Ce n’est un secret pour personne au sein de la compagnie que la ligne « politique » de Philippe Evain ne fait pas l’unanimité parmi les syndiqués. Certains dans la compagnie voient dans cet appel à la grève une forme de baroud d’honneur. En revanche, il n’est pas sur que, pour tous les passagers français et étrangers hésitants à voler sur Air France, cet appel à la grève soit le meilleur moyen de les convaincre.