Depuis que je pilote des avions à train rentrant, c’est-à-dire pratiquement depuis que je suis breveté, j’ai toujours été obsédé par l’idée que j’allais un jour oublier de sortir mon train d’atterrissage, ou encore être confronté à un incident mécanique qui allait m’obliger à me poser train rentré. Et je sais exactement de quand date cette obsession, du jour où le ST10 Diplomat que j’avais l’habitude de louer dans mon aéro-club parisien dans les années quatre-vingt, alors que j’étais jeune pilote, a été posé sur le ventre à Coulommiers par un instructeur et son élève. À l’époque, l’alarme sonore de train non sorti, qui se fait entendre à la réduction de puissance, était identique à celle de l’approche de la vitesse de décrochage. Certes, ce n’était pas une excuse, mais cela pouvait expliquer de telles erreurs ; aujourd’hui les avions parlent, il n’a plus aucun risque de confusion sonore entre « Gear ! » et « Stall ! ». Malgré cela et pour éviter qu’une telle mésaventure ne m’arrive à mon tour – si j’en crois le dicton –, je récite à haute voix une « short final check-list », quelle que soit la complexité de la machine pilotée, afin de passer en revue une dernière fois les freins, le train, le moteur, les volets et le carburant.

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