Le ferry pilot fait partie d’une espèce privilégiée. Il reste le seul professionnel payé pour piloter des avions de tous types, dans des conditions compliquées, partout à travers la planète. Jacques Callies a voyagé vers Miami en TBM 930 aux côtés de Jacques Raissiguier, dit Jack.

Plus les années passent, plus le pilotage devient routine. Même si je m’applique pour que tout soit parfaitement calculé, je ne ressens plus rien de comparable avec les émotions d’autrefois quand je décollais aux commandes d’un avion basique, lorsque chaque point remarquable survolé me rassurait sur ma tenue de cap et faisait diminuer d’autant mon stress. Les moments forts peuvent cependant exister encore, par exemple quand la météo est compliquée ou la nuit en monomoteur au-dessus de l’eau… ou bien lorsque je vole en compagnie d’un pilote différent de tous les autres !

Récemment, Daher m’a proposé d’accompagner entre Tarbes et Miami Jacques Raissiguier, dit « Jack ». Je n’avais jamais entendu parler de lui mais Nicolas Chabbert, directeur de la Business Unit Avions de Daher, m’avait assuré que c’était un individu aussi doué que sympathique. Nos débuts ont pourtant été laborieux, hostiles même, quand je lui ai appris que je comptais embarquer avec un canot de sauvetage loué au Canada huit jours auparavant lors d’un vol dans l’autre sens : « Hein ! Mais les douaniers canadiens sont hystériques à propos des canots, au point qu’ils imaginent que j’en fais le trafic ! » Il faut savoir que ni FedEx, ni DHL, ni personne ne veut se charger d’un canot à des conditions techniques et financières raisonnables. Des circonstances particulières m’ayant obligé à en louer un, mais avec une caution de 8 000 dollars, non négociable, j’étais vraiment coincé. Finalement, Jack est devenu aimable, peut-être quand il a compris que mon canot devenait le sien pour cette traversée.

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