Nous sommes deux pilotes, Tore Nitter, de Tromso, et moi-même. D’origine française, mais naturalisé norvégien depuis 1986, je vis à Senja, une île située au nord de la Norvège et proche de Bardufoss, notre base. Avec Tore, nous volons ensemble depuis 1981 ; il était alors mon instructeur. Un an après, nous avons réalisé notre premier grand vol de Tromso à Barcelone. Une grande navigation a suivi presque chaque année et nous nous sommes épris pour la découverte de nouvelles îles, le plus souvent au départ de Tromso ou Bardufoss, mais aussi de Bergen ou d’Oslo. En Scandinavie d’abord avec, en Norvège, les passionnantes îles de Rost, au plus loin du Lofoten, en Suède, l’île de Gotland, au Danemark, les îles de Bornholm et de Anholt, puis direction la Finlande avec l’île d’Aland, l’Allemagne avec Sylt et la Hollande avec Texel. Nous sommes aussi allés sur les îles de Jersey et de Guernesey ainsi qu’à Majorque et en Corse.

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Nous y voilà ! Que de mails, de coups de téléphone, de journées et de nuits trop courtes ! Ce réveil aux aurores sent un doux parfum d’excitation. Le jour se lève sur un ciel dégagé sans brumes et brouillards. Tout le monde est sur le pont. Point de retardataires. Les avions, les voitures qui suivront le raid ainsi que les hommes sont prêts à démarrer une semaine d’aventures pour redonner des ailes au monde de l’hydraviation. « L’hydravion pour relier les hommes. »

Tout Raid Latécoère, commence par un bon briefing. Le directeur des vols présente, sans grandes difficultés la météo, les NOTAM, la route suivie. Nous volerons en patrouille lâche, une seule radio, un seul code transpondeur. Une étape est prévue à Muret pour ravitailler. Le briefing concernant l’amerrissage sur la retenue du Mancies dans un bras de la Garonne, près de Carbonne, demandera un peu d’attention car le terrain de jeu est bien différent du lac de Biscarrosse. De plus, il convient de respecter l’arrêté préfectoral d’autorisation d’hydrosurface.

Il est temps de partir car beaucoup de monde nous attend, il faut donc respecter le timing.

Alors que les deux Seamax ULM règlent un problème technique de dernière minute concernant une batterie récalcitrante, les trois PA-18 d’Aquitaine Hydravions s’alignent sur la piste 27 pour un décollage à 10  secondes. La patrouille se forme en vent arrière cap à l’est. Le lac est magnifique, un vrai miroir où se reflète un ciel sans nuages. Sous les regards de nos amis et familles au sol, nous abordons déjà la mer de pins qui déroule sous nos ailes. Nous montons à 3 000  ft et c’est à 91 kt de Vs que nous atteindrons Muret.

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