CARNET DE VOL

Découvrir l’Australie en C172

Aerial view of Melbourne

Par Régis Hua-Van, Photos de l’Auteur et Josiane

Ayant la chance d’avoir de temps à autre 48 heures d’escale à Melbourne, je réalise le rêve de beaucoup de Français attirés par les contrées lointaines. Avec ses 17 000 km depuis Paris, Melbourne répond donc à ce critère d’éloignement et il faut dire que cette ville est fort agréable avec ses nombreux parcs, monuments, musées, restaurants, installations sportives (l’Open de tennis d’Australie s’y déroule chaque janvier, en plein été). Point important, elle dispose aussi de quelques aérodromes d’aviation générale et je n’ai donc pas tardé à effectuer des vols en avion léger, non sans avoir au préalable obtenu une licence australienne, ce qui ne fut pas chose aisée.

Carnet 497_Régis Hua-Van

Régis Hua-Van

Cela m’a donc permis non seulement de proposer à mes collègues lors de nos escales des vols au-dessus de la ville avec vue imprenable sur son centre aux allures américaines mais aussi de me faire doucement aux us et coutumes locaux en matière de VFR. Vous vous doutez bien que l’idée d’aller nettement plus loin dans un pays grand comme 14 fois la France n’a pas tardé à germer dans mon cerveau toujours avide d’air et d’espace. De plus, Josiane, ma chère épouse, qui a le bon goût d’être pilote privé en plus d’être médecin urgentiste, partage mes envies d’aventure.

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Josiane prend la pose devant Sierra Papa, valeureux destrier.

En novembre 2012, nous fîmes un premier périple de trois semaines – et 8 000 km, visitant les grandes villes de la côte Est et leurs environs : Melbourne, Sydney, Brisbane, Cairnes, puis un détour par le centre du pays avec Alice Spring et retour à Melbourne, malheureusement le tout en avion de ligne à cause des lourdeurs administratives de la CASA, l’Aviation Civile Australienne. Pour faire court, bien que m’y étant pris deux mois à l’avance, ma licence australienne et le badge de sécurité obligatoire pour pouvoir accéder à la plupart des aérodromes australiens ne me sont parvenus qu’à mon retour de vacances…

Frustré de ne pas avoir pu faire cette boucle aux commandes d’un avion comme tout aviateur digne de ce nom, j’ai convaincu Josiane de remettre ça deux ans plus tard, c’est-à-dire en novembre 2014. La nav n’aura pas grand-chose en commun avec le précédent périple : Melbourne, la Tasmanie, Adelaïde, Saint-George (400 km à l’ouest de Brisbane), Sydney, Canberra et retour, soit 4 800 km en 30 heures de vol.

Josiane me retrouve à Doha, ma base, où je la rejoins pour la suite du voyage, soit 13 heures de vol en direction de Melbourne. Pour Josiane cela fait 24 heures de voyage depuis l’Alsace… Le lendemain est consacré à une visite tranquille de la ville, de son mémorial dédié aux anciens combattants, une tradition profondément ancrée. Dans le pays, le souvenir de ceux qui sont tombés pour la patrie est entretenu avec ferveur, d’où la tradition du mémorial, parcs et autres monuments aux morts. C’est d’ailleurs étonnant de découvrir les nombreux conflits dans lesquels l’Australie s’est engagée, souvent pour l’Empire (britannique) mais aussi par le jeu des alliances, notamment avec les USA, ainsi que pour défendre leurs intérêts régionaux. Autre grande tradition d’origine britannique solidement enracinée dans la culture australienne, les jardins botaniques, superbes et surtout très ouverts au public.

Le jour d’après, direction « Moorabbin airport », un terrain d’aviation générale où nous avons réservé pour 17 jours un Cessna 172 quasiment identique à l’un des nôtres, au sein de l’Aéro-Club du Haut-Rhin dont nous sommes membres depuis de longues années. Étant déjà dans des terres et cieux inconnus, on a préféré avoir une monture familière. Le « Royal Victorian Aero-Club » (RVAC) nous loue donc son C172S à moteur à injection de 180 chevaux équipé d’un honnête GPS King couplé à un écran. Ce n’est pas le dernier cri,

ni de la haute performance mais c’est bougrement fiable et au final, c’est vraiment tout ce qu’on demande, surtout au-dessus du détroit de Bass pour rejoindre la Tasmanie (eau à 8 °C) ou de l’« outback » (40 °C ou plus et pas grand monde en cas de problème). De fait, notre valeureux destrier ne nous causera aucun problème ce qui est vraiment très appréciable dans un pays de près de 7,7 millions de km2, composé à 70 % de déserts. Tout ceci, a bien sûr été planifié depuis plusieurs mois ! Ma licence australienne est valide tant que ma licence de pilote privé français sur laquelle elle est basée, l’est. Seul mon badge de sécurité aéroportuaire expire au bout de deux ans, soit, le 30 novembre 2014, ce qui tombe bien car nous prévoyons de revenir à Melbourne le 29. Josiane a bien fait une demande de licence par équivalence mais, bien qu’ayant débuté la procédure quatre mois auparavant, sa licence n’arrivera, comme pour moi deux ans plus tôt, qu’après notre séjour !

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Centre-ville de Melbourne et la « Yara River ».

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Un aviateur français devant la statue du 1er gouverneur général d’Australie.

Mais, revenons à Melbourne, notre point de départ d’où nous nous sommes envolés vers midi pour la Tasmanie. Auparavant, petit briefing avec un instructeur du RVAC pour nous familiariser au site internet du NAIPS, plus couramment appelé Air Service Australia, qui regroupe, un peu comme OLIVIA, météo, NOTAM et plan de vol. Nous avons dû remplir un plan de vol en ligne qui ressemble fort à celui de l’OACI à quelques détails près, dont le nom : « Flight Notification ». Le plus crucial étant le « SAR TIME » ou « Search And Rescue Time », c’est-à-dire l’heure à laquelle les autorités aéronautiques commenceront à vous chercher si vous n’avez pas rappelé pour l’annuler au plus tard un quart d’heure après l’heure mentionnée.

Comme chez nous, ça commence alors par un simple coup de fil sur le portable du pilote, même si le numéro est français (j’ai testé pour vous…). Il est toutefois surprenant que les Australiens ne se contentent pas de l’heure estimée d’arrivée du plan de vol…

C’est sans doute leur côté britannique qui aime à se distinguer… De fait, l’influence anglaise est très grande, tant dans les institutions du pays, dont le chef d’État n’est autre que la Reine d’Angleterre, que dans les mœurs, la cuisine, la façon de conduire, etc. À leur échelle, ce sont aussi des insulaires !

Retour à notre étape du jour : nous nous posons à Launceston, au centre de la Tasmanie, après 3 heures de vol, dont une pour franchir le détroit de Bass, à 3 000 pieds (altitude minimale conseillée) au-dessus d’une mer qui paraissait fort houleuse et surtout bien froide. Même si nous avions enfilé les gilets de sauvetage, cela m’aurait quand même chagriné que le moteur faiblisse. Mais bon, on ne lui a rien dit pour ne pas l’effrayer et il a tourné rond comme d’habitude… De plus, nous étions en contact permanent avec le centre de contrôle de Melbourne : nous avions demandé une « SKED » de 15 minutes.

En pratique, au passage de la côte, on s’annonce en précisant la longueur de sa « SKED » (10, 15 ou 30 minutes) puis, pour nous donc toutes les 15 minutes, on est censé rappeler en annonçant « Operations normal » si tout va bien, et ainsi de suite jusqu’au franchissement de la côte de l’autre côté du détroit.

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Près du Parc National « Cradle Mountain », une forêt humide…

À Launceston, la 1re journée est consacrée à la visite de la ville, tout à fait charmante avec certaines maisons dans un style victorien très « british », et à une petite randonnée le long d’un cours d’eau qui mène à des gorges qui valent le coup d’œil. On a été étonnés d’y trouver une immense piscine publique et gratuite en libre-service (pas de garde, ni de maître-nageur) et surtout en très bon état (inimaginable en France comme dans bien d’autres pays). La seconde journée, nous rejoignons un parc naturel situé à deux heures de route : la péninsule de Freycinet, tout simplement magnifique, surtout pour ceux qui aiment marcher – et voler puisque nous y sommes repassés quelques jours plus tard 2 500 pieds plus haut.

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Aux environs de Launceston, un attentat au rocher raté.

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Près du Parc National « Cradle Mountain », un hôtel 4* au milieu de la nature.

Le lendemain, avec une voiture de location (attention, on roule comme en Angleterre, à gauche), nous sommes allés crapahuter en partie sous la pluie, perdus dans la nature des « Craddle Mountains ». On s’est retrouvés dans un hôtel 4 étoiles situé au milieu d’une forêt humide, dont les bungalows, en bois avec leurs toits en tôle ondulée, ne payaient pas de mine extérieurement mais qui, intérieurement, étaient tout à fait dignes de leurs étoiles. Perchés à hauteur d’arbre, ils sont idéaux pour qui veut allier confort et nature !

Nous avons ensuite repris les commandes de notre C172 pour un saut de puce entre Lanceston et Hobbart, la capitale de la Tasmanie, en faisant un détour par la péninsule de Freycinet. Côté espace aérien, il n’y a pas photo avec la France, championne du monde de complexité et de densité des zones interdites, restreintes, dangereuses auxquelles s’ajoutent, voire s’empilent, les espaces aériens contrôlés ! Ici, il y a bien quelques zones « PRD » (Prohibited, Restricted, Dangerous) mais elles sont clairement définies et ne s’emmêlent pas les unes dans les autres. Seuls les espaces aériens contrôlés se densifient un peu à l’approche des grandes villes telles que Sydney mais vraiment rien de bien méchant, surtout quand on est habitué aux « mille-feuilles » de notre Hexagone.

Hobbart se révèle être aussi une charmante ville avec, dans certains quartiers, un style colonial très britannique. Les fameux bus impériaux rouges donnent d’ailleurs l’impression d’être à Londres.

Visite de Port Arthur, célèbre pour son bagne qui a accueilli pendant près d’un siècle de nombreux condamnés en provenance de Grande Bretagne. Au passage, nous nous arrêtons dans un parc qui nous a permis de voir le fameux diable de Tasmanie, animal certes carnivore mais pas plus diabolique que ça. Il doit en fait son nom à ses oreilles fortement irriguées qui, à la lumière, leur donnent une couleur rouge. Il n’en a pas fallu plus pour que la pauvre bête soit affublée de ce nom. On y a vu aussi un certain nombre d’autres animaux typiquement australiens, voire tasmaniens, plus ou moins connus et sociables.

Enfin, croisière le long des côtes de l’extrême sud de la Tasmanie jusqu’à la bien-nommée « Tasman Island » dont le phare a dû permettre d’éviter bien des naufrages, déjà nombreux le long des côtes australiennes. Le saviez-vous, la Tasmanie a été découverte par Hans Tasman, un navigateur… hollandais en 1642. En 1772, une expédition française y débarqua même, mais ce furent finalement les Britanniques, déjà installés en Australie, qui y établirent la première colonie en 1803.

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Diable de Tasmanie pas si diabolique que ça.

Après une semaine en terre tasmane, nous la quittons à bord de notre vaillant C172, non sans faire une boucle vers la côte Est pour éviter le mauvais temps au centre de l’île, et atteignons Adelaïde après 7 h 30 de vol et une escale technique à « Warrnambool », dont le principal attrait pour nous était son aérodrome et sa station d’essence, à mi-chemin entre Hobart et Adelaïde… Ce vol nous a permis d’admirer des paysages magnifiques, comme les immenses plages de l’Australie du Sud (une des 7 entités territoriales qui constitue l’Australie, pays fédéral) qui feraient pâlir d’envie les aoûtiens qui s’entassent sur la côte d’Azur. Je parle bien des plages car la mer, elle, paraît fort tumultueuse et est peuplée d’une faune qui n’est pas forcément très accueillante pour l’homo sapiens, friand de batifolages aquatiques. L’arrivée à Adelaïde se fait dans une douceur climatique fort appréciée car il est vrai que la Tasmanie est parfois bien frisquette…

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La côte nord de la Tasmanie, en route pour Adélaïde.

Les contrôleurs australiens ne posent pas de problème, à part leur accent, auquel j’ai fini par me faire lors de mes escales, mais qui cause encore quelques soucis à Josiane malgré son niveau 4 en anglais. Comme quoi, un diplôme ne restera jamais qu’un bout de papier tant qu’il n’est pas accompagné de l’expérience. Des collègues australiens m’avaient dit qu’il n’y avait pas grand-chose à voir à Adelaïde mais nous y avons retrouvé les émouvants monuments aux morts et leurs interminables listes de noms d’hommes, en général jeunes, ayant fait près d’un demi-tour de terre pour mourir les armes à la main, souvent en terre française. Nous avons aussi apprécié les nombreux parcs, toujours aussi magnifiquement entretenus, et fait une excursion vers « Kangourou Island », une île d’environ 100 km de long sur 30 de large qui nécessiterait d’y passer au moins 3 jours car les centres d’intérêt sont nombreux et dispersés : parcs naturels, plages, parcs animaliers, etc. Le temps nous a manqué et nous nous sommes promis de revenir s’y poser plusieurs jours.

En rentrant, nous nous sommes arrêtés à un endroit indiqué comme étant un lieu où les pélicans étaient nourris tous les jours à 17 heures Comme c’était l’heure de départ de notre ferry, nous y sommes passés sans conviction une heure avant et avons été surpris de découvrir que déjà une bonne vingtaine de pélicans avaient déjà pris place et attendaient patiemment ! Qui a dit que les bêtes étaient bêtes ?

Le lendemain, nous quittons Adelaïde, après un petit crochet au-dessus de l’eau (le contrôleur nous a même demandé jusqu’où on pouvait s’éloigner de la côte sans risquer de finir dans l’eau en cas de panne moteur…), cap au nord-est pour l’une de nos plus longues étapes : 6 heures de vol au-dessus de l’« outback », où l’expression « au milieu de nulle part » prend tout son sens. Là, on est vraiment contents d’avoir donné une « SAR Time » car, à notre altitude, on n’a plus de contact radio avec le contrôle aérien.

Les paysages n’en sont pas moins magnifiques. Nous effectuons un ravitaillement carburant sur l’un des rares terrains disposant de 100LL : Bourke. Nous sommes toujours surpris de voir qu’un aérodrome non contrôlé d’une petite agglomération aussi éloignée de tout soit encore aussi sécurisé : grillage, porte avec digicode et vidéosurveillance. La sûreté est une véritable obsession en Australie, surtout lorsqu’il s’agit d’aviation. La ferveur qu’a ce peuple en général charmant pour la sécurité me laisse songeur.

Au bout de cette longue journée, Saint-George : ville de 3 300 habitants perdue à 400 km à l’ouest de Brisbane, où juste avant notre arrivée, il y faisait plus de 40 °C. Par chance, un orage a fait chuter la température d’une dizaine de degrés sans nous affecter, car ils sont aussi violents que locaux, donc facilement contournables. Nous y avons retrouvé Jane, la correspondante de Josiane : elles s’écrivent depuis 34 ans et ne s’étaient vues qu’une fois, deux ans auparavant, lors de notre passage à Brisbane.

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Parc National du Freycinet et sa plage dite du verre de vin.

Elle vit avec son mari Max et ses deux garçons, Murray (15 ans) et Willy (12 ans), et enseigne dans l’une des deux écoles primaires de cette petite ville, isolée dans l’« outback », disposant de tout, à commencer bien sûr par un aérodrome, mais aussi un hôpital, un certain nombre de commerces, dont un supermarché, une station essence, etc. Il faut dire qu’il n’y a pas d’autre agglomération dans un rayon de 200 km…

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L' »Outback », désert australien où il vaut mieux éviter la panne.

Le soir de notre arrivée, un barbecue est donné en notre honneur. L’ambiance décontractée, très australienne, donne un air de pionnier à ces gens simples menant une vie plutôt moderne dans un milieu plutôt sauvage qu’ils ont en partie domestiqué. Le jour de notre départ, Willy a tenu à nous faire une démonstration de ski nautique avant d’aller à l’école à 8 h 30. Nous nous sommes donc retrouvés assis à 7 h 45 dans le bateau familial pendant un bon quart d’heure à admirer sa virtuosité sur une eau brune, ne semblant nullement perturbé par la présence de serpents venimeux qui, aux dires de nos hôtes, n’ont aucune raison objective de s’attaquer à un skieur…

La veille, nous avons pu constater une fois de plus que notre aviation peut autant fasciner que faire peur. Nous avions convié tous les participants au barbecue et si certains ne sont pas venus, d’autres, comme Max, bûcheron de son état, a non seulement vaincu sa peur mais a adoré se retrouver aux commandes où il a même été brillant… Comme quoi, il ne faut pas grand-chose pour faire aimer notre aviation !

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Petite séance de ski nautique 30 minutes avant l’école, quant aux serpents, ils n’ont qu’à bien se tenir.

Après Saint-George, cap au sud-est : nous survolons d’abord de vastes étendues désertiques et sèches, puis le paysage commence à prendre du relief et à verdir. Au bout de 4 heures de vol, l’arrivée à Sydney, mégapole de plus de 6 millions d’habitants, contraste avec ce que l’on vient de quitter ! Malheureusement, notre plan de vol n’est cette fois pas passé et il est obligatoire pour effectuer un passage au-dessus du centre de la ville et là, il ne faut pas compter sur la souplesse du contrôle : la règle, c’est la règle ! Déçus, mais pas découragés, nous remettons ça pour notre départ.

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Sydney et son fameux « Harbor bridge » sur lequel on peut monter à 150m au dessus de la baie (prévoir 3 heures) et avoir une vue imprenable sur la ville et son opéra.

Comme mentionné plus haut, l’espace aérien autour de la plus grande agglomération australienne est un peu dense mais moyennant une bonne préparation et un niveau d’anglais opérationnel, on s’en sort très honorablement. Une fois au sol, la balade dans le jardin botanique jusqu’au fameux opéra est un régal pour les yeux. On a pu assister à la manœuvre de départ d’un paquebot géant, ce qui est un spectacle en soi. On se lance également à l’assaut du « Harbor Bridge », une aventure de près de 4 heures, hypersécurisée, qui nous mène à plus de 150 m au-dessus du niveau de la mer : émotion garantie.

Le lendemain, plan de vol cette fois bien déposé, on repasse au même endroit mais à 1 500 pieds (450 m). Les procédures pour ce circuit touristique sont rigoureusement définies dans un document disponible au même titre que les cartes aéronautiques : en gros, dépôt d’un plan de vol en guise de notification 30 minutes avant le départ, contact radio, clairance et suivi de trajectoire précis ! Là encore, la vue est époustouflante et on se prend à rêver de faire la même chose au-dessus de la Tour Eiffel !

Dans la foulée, nous continuons sur Canberra pour visiter le parlement australien, construit sous une colline : c’est symbolique, le but étant que le peuple puisse avoir un accès facile à son parlement qui est structuré selon le modèle américain de deux chambres : celle des représentants (chaque élu représente un nombre donné d’électeurs) et le Sénat (chacun des 6 Etats y envoie 12 sénateurs et chacun des 2 territoires en envoie deux). Nous n’avons aucune difficulté à obtenir le survol de la capitale suivant des trajectoires définies sur une carte terminale au 1/250000e.

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Survol de la capitale fédérale Camberra, encore plus facile que Sydney. Au centre, le parlement fédéral, accessible à tous, même aux étrangers.

Après 24 heures très instructives, nous quittons la capitale fédérale pour un retour à Melbourne. Survol du centre-ville et atterrissage à Moorabin airport suivi de l’arrêt moteur sur le parking du RVAC, 17 jours après l’avoir quitté. Une fois les (nombreux) papiers remplis et la facture payée, nous filons à l’hôtel pour un repos bien mérité. Après une dernière journée au zoo de Melbourne et sur la plage de « Port Philip », une soirée au restaurant et une balade crépusculaire le long de la rivière Yara qui traverse le centre de Melbourne, c’est le retour vers Doha pour moi, puis Francfort et Strasbourg pour Josiane.

Alors que nous trions des centaines de photos, nous réfléchissons déjà à l’année prochaine : sans doute un Melbourne-Perth aller-retour, c’est-à-dire une traversée est-ouest du sud de l’Australie, pas vraiment en ligne droite, 8 000 km en une cinquantaine d’heures et 20 jours… ça devient presque une drogue !

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Melbourne et son centre-ville à l’américaine.

Pour voler en Australie

Il faudra bien sûr obtenir par équivalence une licence. Le PPL français est reconnu, donc c’est faisable, ce qui ne veut pas dire facile car la CASA (Civil Aviation Safety Agency) est un monstre bureaucratique ! Vous n’avez pas aimé la DGAC et l’EASA, vous allez haïr la CASA ! Tout commence par une visite de leur site : http://casa.gov.au On vous expliquera en anglais qu’il vous faudra obtenir non seulement une licence de pilote mais aussi un badge de sécurité. Un conseil, optez pour l’ASIC (Aviation Security Identification Card) et non l’AVID (AViation ID = pièce d’identité aéro), ce qui vous ouvrira les portes de tous les aéroports. Pour cela, il faudra télécharger un certain nombre de formulaires à remplir et imprimer, fournir des copies certifiées des licences, certificats médicaux, des trois dernières pages du carnet de vol et de plusieurs pièces d’identité. Le « hic », c’est la certification des copies : à moins d’avoir la possibilité de vous rendre avant dans le pays où la police peut certifier gratuitement les documents, il vous faudra passer par une ambassade où l’on vous prendra plusieurs dizaines d’euros par page… À cela s’ajoute bien sûr des redevances administratives de plusieurs centaines d’euros. Certains diront que nous baignons dans l’aviation : il faut être patient et ça revient cher ! Pour la touche moderne, il y a aussi des aspects kafkaïens : le badge de sécurité ne peut pas être envoyé à l’étranger pour, justement, des raisons de sécurité ! Passant régulièrement à Melbourne où se trouve une antenne de la CASA, j’ai proposé qu’on y envoie mon badge afin que je puisse le retirer à mon prochain passage. Pas possible car pas prévu dans les textes : il faut fournir une adresse australienne, ce que j’ai fini par faire en donnant celle du RVAC. A priori, si vous vous arrangez avec votre hôtel, son adresse peut aussi servir. Dans tous les cas, ne jamais s’énerver et rester courtois. J’ai eu ainsi souvent l’agréable surprise de découvrir au-delà des e-mails administratifs de vrais gentlemen…

L’Australie en pratique

Il vous faudra un visa touristique. Sur les sites des ambassades australiennes, on trouve un lien qui permet d’en obtenir gratuitement. Je l’ai essayé mais n’ai eu aucun retour après deux semaines. Il faut dire qu’il est précisé que cela prend un certain temps, qui n’est pas défini… En revanche, il y a un site privé très efficace, mais payant, qui permet aux citoyens des pays éligibles de s’en procurer un en 24h : https://www.travelvisaaustralia.com

Côté budget, il faut prévoir large : nous étions à 400€/jour pour deux (sans se priver). Gardez à l’esprit que les grandes villes sont chères (Sydney en tête) alors que les autres peuvent être très abordables. Pour la location du C172S, nous étions à 230 AUD/h, soit 165 euros/h. Comme en France, il y a des taxes d’atterrissage et de parking, en général raisonnables.