Qui aurait pu imaginer que le fait que Stéphane Buy soit connu dans notre milieu, à la fois comme un instructeur hélicoptère accompli, comme un manœuvrier hors pair et comme un homme très gentil, allait faire de lui une proie pour les durs à cuire qui devaient faire évader Redoine Faïd de la prison de Réau, près de Melun ?

Ses amis le connaissent depuis toujours sous le sobriquet de Bichon, qui se passe de commentaire… Et aussi de « Seigneur des Anneaux », un patronyme qu’il faut expliquer car il n’a rien à voir avec la trilogie de films fantastiques basée sur le roman de Tolkien. Non, Stéphane s’est simplement fait une spécialité d’attraper, avec le patin de n’importe quel hélicoptère prolongé d’une baguette, de petits anneaux, comme nous le faisions quand nous étions enfants et que nous pilotions joyeusement les cochons volants des manèges forains ! Mais, cette fois, il s’agit d’un authentique challenge, maîtriser un hélico en vol stationnaire et attraper ces anneaux est aussi malaisé que de passer un fil dans le chas d’une aiguille : fort peu y arrivent, le titre est d’autant plus mérité !

Comme Stéphane est notre voisin de hangar, il m’arrive régulièrement de voler avec lui lorsqu’il dispense des formations hélisurfaces, et je ne me lasse jamais d’admirer où diable un pilote peut se poser, en sécurité, quand il sait ce qu’il fait. Les gangsters de Réau avaient bien ciblé leur otage et Stéphane a eu de la chance de s’en tirer à bon compte, finalement, car il aurait pu y laisser la vie : par exemple, lorsque sa turbine a refusé de se rallumer après un premier atterrissage, qu’il est tombé à terre inanimé après le coup de crosse reçu quand ses passagers ont cru qu’il simulait une panne. Du fait de l’importance de l’enjeu, ces fous furieux ne se seraient-ils pas vengés radicalement si leur opération avait capoté  ? Puis, plus tard, lorsqu’un Fennec envoyé par l’Armée a mis le cap sur la prison au lieu de le suivre à la trace puisque le transpondeur affichait 7 000 – Stéphane avait bien pensé afficher 7 500, mais un pistolet braqué sur sa tempe l’en avait dissuadé : un échange de balles entre deux hélicos n’avait-il pas toutes les chances de mal se terminer ?

Stéphane Buy s’en est finalement bien tiré ; une fois la stupeur et les tremblements évacués, il a accepté avec philosophie sa célébrité mondiale, de déjeuner à nouveau avec ses potes mais, malheureusement, la « vieille dame », immatriculée F-AZYQ, se porte mal car les gangsters l’ont partiellement incendiée avant de prendre la poudre d’escampette.

Hasard malheureux, cette machine historique était exceptionnellement basée à Lognes, prêtée par Pascal Petitgenet, le patron d’Heli Technique, à son ami Stéphane pour qu’il puisse terminer la QT Alouette II de deux pilotes islandais, commencée sur une autre Alouette tombée en panne radio. Machine historique, l’Alouette n° 3 a connu le destin exceptionnel des prototypes, a survécu aux essais et au temps et s’est même offert le luxe de traverser l’Atlantique Nord en 2007. Les visiteurs d’Oshkosh 2007 n’en sont d’ailleurs toujours pas revenus !

Après cette fâcheuse aventure supplémentaire, il est hors de question que la vieille dame prenne sa retraite et devienne donneuse d’organes pour des machines plus jeunes. C’est pourquoi Bichon lance un appel au peuple pour qu’il soit possible de restaurer l’Alouette II de son ami Pascal Petitgenet. Vous vous en doutez, cet incendie criminel n’était pas envisagé et donc pas assuré. Les dons ou promesses peuvent leur parvenir par mail à l’adresse créée pour l’opération de sauvetage : sauverlalouette@gmail.com

L’aviation générale est vulnérable, on le sait depuis bien des années, et nous autres, pilotes, avons plus appris à redouter les terroristes que les criminels de droit commun. Nous sommes par principe vigilants, nous intervenons ou prévenons la BGTA lorsque quelqu’un ne semble pas convenir au contexte ou n’est pas là où il devrait être, nous empêchons l’accès à nos avions qui sont toujours verrouillés, nous vérifions la crédibilité de nos visiteurs, certains vont même jusqu’à relever leurs identités puisqu’il leur faudra les badger avant un vol d’initiation quand il s’agit d’un aérodrome sensible, etc.

Il le faut, mais ces précautions seront toujours dérisoires face à des individus armés et déterminés qui, de gentils pères de famille pendant leurs vols de repérage, se transformeront en fauves jusqu’au boutistes dès qu’on leur résistera. Alors, s’il vous, plaît, Messieurs qui nous gouvernez, évitez de nous rajouter une nouvelle strate de textes sécuritaires, contraignants, mais tellement inutiles !

Jacques CALLIES