Au cours des dernières années, il était difficile de trouver une personne impliquée dans l’aviation générale qui ait un mot de félicitations à l’encontre de l’EASA. L’EASA était plutôt considérée comme le fossoyeur de notre aviation. Mais à la suite du changement de gouvernance et après la constitution du groupe « Aviation générale » en son sein, les choses semblent être sur le point de s’améliorer. Nous voulions vous rencontrer, M. Ky, car vous siégez tout en haut de la pyramide de l’aviation européenne. Commençons par une « grosse » question : au vu de la réputation de l’EASA auprès de l’aviation générale et de ses pilotes, bien moins que flatteuse, pouvez-vous nous parler de votre stratégie future et de la façon dont vous allez atteindre les buts que s’est fixés l’agence en matière de simplification des règles et d’allégement de la réglementation actuelle ?
Patrick Ky : Les règles actuelles qui régissent l’aviation générale ont largement été créées en essayant de simplifier les règles qui avaient été définies pour l’aviation commerciale. Malgré le fait qu’il y ait une volonté de simplification, l’architecture même de ces règles rendait l’exercice très compliqué. C’est la raison pour laquelle, à mon arrivée, j’ai souhaité que l’on mette en place une meilleure réglementation, plus légère et souple, pas seulement pour l’aviation générale, mais pour toute l’industrie. J’ai aussi voulu limiter le nombre de règles nouvellement créées. Tous les acteurs de notre industrie avaient peine à suivre le rythme des nouveaux textes et changements. J’ai dit au département « Rulemaking » (chargé de créer les nouveaux textes et règlements) de revoir la manière dont ils établissaient ces textes, de se débarrasser de tout ce qui n’était pas essentiel et, en essence, de ralentir le rythme de production de nouveaux textes.

Qu’en est-il réellement et spécifiquement de l’aviation générale ?
P. K. : Depuis que je suis à la tête de l’agence, j’ai reçu de nombreuses associations et fédérations d’aviation générale. Toutes m’ont dit que le poids de l’EASA s’était fait trop sentir et que l’agence était en train de tuer de nombreux secteurs de l’aviation. Et cela est très loin de ce que nous voulons ! Je suis pilote privé, formé en aéro-club à Toulouse et près de Paris, c’est vous dire si je comprends vos frustrations ! Lors de mon arrivée, il y avait déjà un plan en place pour réduire notre impact sur l’industrie. Une feuille de route pour l’aviation générale avait déjà été rédigée, à la demande des autorités nationales de plusieurs pays. J’ai pris cette feuille de route, en ai gardé les principes de réglementation plus légère et adaptée au milieu, les ai recombinées et en ai assuré la promotion en interne de manière très appuyée. C’est bien d’avoir des plans et des feuilles de route, mais il faut qu’il y ait une vraie force derrière le projet. Je représente cette force et l’ai souhaitée, car elle correspond à un besoin, mais aussi parce que cela va dans le sens de la sécurité. Trop de règles nuisent à la sécurité.

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