Serait-ce dû à l’effet Greta Thunberg, toujours est-il que, cet été, pour la première fois de ma vie, j’ai décliné l’invitation qui m’avait été faite d’embarquer pour quelques jours sur le voilier d’un ami qui croisait dans les Cyclades. Pourtant, comme la plupart des pilotes, j’adore naviguer, un voilier, c’est aussi beau qu’un avion, c’est intéressant à barrer et à faire naviguer et la mer Égée est capable de vous offrir des moments de grâce absolue.

Si c’est le cas, cela signifie que, de manière inconsciente, l’idée de me rendre à Athènes par la ligne pour quelques jours de plaisir m’a paru cette fois déplacée alors que je l’ai fait des dizaines de fois sans complexe. Je suis donc fort contrarié de m’être fait manipuler par une gamine à nattes de 16 ans, moi qui respire l’aviation, sous toutes ses formes, et sans aucun complexe, depuis ma prime enfance.

J’en veux d’autant plus à Greta que c’est elle qui navigue en ce moment vers New York alors que je suis sagement à la maison par sa faute : une transat, en plus sur un voilier de milliardaire, qui n’en a pas rêvé ? Probablement Greta, je le suppose du moins, car la présence à bord du Malizia II de la jeune activiste suédoise – je l’admire quand même parce qu’elle a osé faire la grève de l’école, ce dont je n’ai fait que rêver à son âge – n’a été justifiée que par la nécessité qu’elle rejoigne l’ONU avec un bilan carbone nul.

Bon, c’est raté, on sait, grâce au journal allemand Die Tageszeitung, qu’il sera pire que tout, puisqu’il faut intégrer le rapatriement de son voilier et le voyage en avion vers New York de 5 personnes, sans compter le retour du navigateur. Je me dois donc de lui poser une question : « N’eut-il pas été plus simple, Greta, que tu achètes un «stand-by ticket» pour New York et embarques dès la première place disponible? Comme il est probable que cette catégorie tarifaire, intéressante car à bas prix, mais aléatoire par principe, n’existe plus, c’eut été l’occasion d’en démontrer l’intérêt écologique: des avions de ligne complets, n’est-ce pas une manière intelligente de diminuer l’empreinte carbone par passager»

Ceci posé, Greta, sous prétexte qu’elle refuse obstinément de monter dans un avion, est-elle pour autant seule responsable de l’aviation bashing qui se répand, en France comme ailleurs, et qu’il faut combattre car son impact négatif a été démontré, alors qu’il est inique. Ne serait-ce pas plutôt la presse dite grande, par une médiatisation outrancière de cette jeune héroïne au regard d’acier, qui serait responsable de l’emballement actuel, qui risque d’avoir des conséquences catastrophiques sur l’aérien, et forcément sur l’ensemble de nos activités si elle n’y met pas un terme rapidement ? D’autant plus que l’argumentaire de ce nouveau courant de pensée est basé sur des statistiques tronquées, ou tendancieuses, voire complètement fantaisistes.

J’aurais tendance à le croire à en juger par un autre emballement médiatique récent, en contradiction complète avec l’Évangile selon Sainte Greta, je veux parler des heures de télévision en direct consacrées à Franky Zapata lorsque celui-ci s’est attaqué à deux reprises à la traversée de la Manche avec son Flyboard Air. Certes, c’était passionnant et médiatiquement justifié car nous portons tous en nous le rêve d’Icare ; de plus, le gars est inventif, courageux et persévérant. Mais son Flyboard, franchement ? L’engin n’a rien d’écologique, il est aussi bruyant qu’un Mirage III et il brûle un kérosène honni que les écolos français ne rêvent que de taxer à mort. De ceci, nul n’a vraiment parlé. Ni du fait que ses applications pratiques semblent bien limitées, alors que l’engin a été subventionné à hauteur de 1.3 million d’euros par la DGA, donc par les contribuables que nous sommes.

La Grande Presse est versatile, on le sait. Nous aimerions donc qu’elle fasse ses choux gras d’une étude récente, celle du chercheur germano-américain Gerhard Fettweiss qui a calculé que la consommation électrique du web atteindrait en 2030 la consommation électrique mondiale de 2008, tous secteurs confondus, l’Internet devenant la première source mondiale de pollution. Et aussi qu’en matière d’émissions de CO2, la toile pollue 1,5 fois plus que le transport aérien ! Il n’est même pas besoin de parler de la pollution générée par le transport maritime et son bunker fuel qui occupe la première place, et de loin, de ce triste classement. Que la Grande Presse mette plutôt en avant le fait qu’avec les taux de remplissage moyen des avions, le transport aérien ne représente que 4 à 5 % de la pollution globale.

Il nous semble aussi nécessaire que Greta Thunberg continue de fréquenter l’école pour apprendre à calculer correctement et à mieux choisir les cibles de ses combats.

Jacques CALLIES

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