Dans mon bureau de Lognes, suspendue à un portemanteau, une combinaison de survie orange me nargue chaque matin quand j’arrive. Elle est bien là où elle est car le train-train d’un aérodrome, avec ses avions-écoles qui vont et viennent devant nos baies vitrées avec la régularité d’une montre suisse, pourrait faire oublier que l’aviation, ce n’est pas cela ou plutôt pas que cela. Un avion, c’est fait pour voyager loin, au fil de l’expérience. Bien sûr, avant de traverser l’Atlantique par la route nord, il faut aiguiser ses crocs mais je pense sincèrement que beaucoup sont capables de le faire s’ils connaissent les pièges à éviter, partent à la belle saison et ne sont pas pressés.

Tout le monde ne le pense pas. En 2013, lors d’un symposium à la DGAC, Maxime Coffin, l’ancien chef de la MAGLH*, m’a présenté à l’auditoire ainsi : « Jacques, comment dire, c’est un pilote qui a une passion, voilà, il aime traverser l’Atlantique ! » Comme j’étais invité au titre de l’AOPA pour donner un éclairage sur un tout autre sujet, j’en ai conclu que mon intérêt pour les convoyages frappait les esprits et que Maxime me considérait, au mieux, comme un original. Je crois en fait que la route Atlantique nord est une drogue, tout à fait licite, et qu’il suffit d’y goûter une première fois pour être addict.

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