Greta Thunberg m’en fait voir de toutes les couleurs. Et, finalement, peut-être que c’est un mal nécessaire, cette gamine que je ne sais oublier, au point d’en avoir fait un gimmick. Mon édito de septembre, lui suggérant de retourner à l’école, m’avait valu plein de petits messages qui allaient dans le sens de mon propos, que je résumerai par celui envoyé par François, plutôt écolo : « Bravo pour l’édito bien pensé et complet. Oui, les médias ont leur part de responsabilité! » Je buvais donc du petit-lait mais, quelques jours plus tard, j’ai reçu le courrier de Clément, que vous trouverez en page suivante. Apprenant qu’il serait publié dès que possible, il a rajouté : « J’ai pu peut-être vous sembler un peu dur dans mes propos envers vous et si c’est le cas je m’en excuse. Il s’agit d’un sujet passionnant, qui entraîne des réactions passionnées… En tout cas, si mon courrier lance des réflexions ou discussions c’est bien là l’essentiel!»

Comme je suis le premier à m’enflammer, je ne peux lui jeter la pierre. Je rappellerai quand même qu’un édito, écrit à la dernière minute car c’est la règle, n’est qu’un simple cri de joie, de peur ou de colère, et non une réflexion profondément mûrie. Ce n’est donc pas parole d’évangile.

Je tiens aussi à préciser que je ne défends pas « mes » privilèges. Je ne fais pas mystère de mon âge : à 68 ans passés et réaliste, je sais que le sablier arrive à sa fin. Je me bats donc essentiellement pour la collectivité car le pilotage des avions reste, selon moi, l’art absolu et, en bon prosélyte, je continue de prêcher pour une aviation libre et heureuse.

Suis-je un bon écolo ? Probablement pas. J’ai soutenu le Grass Cockpit, épreuve vertueuse s’il en est, mais j’envisage d’aller me poser sur l’AD improvisé de Barneo, à 1° du pôle Nord, avec quelques lecteurs aventuriers. Ce n’est pas bien, mais je compense en triant scrupuleusement mes déchets ménagers, en ramassant les canettes et les mégots à terre, en roulant aussi en voiture hybride, en prenant RER et métro…

Et quand je suis en l’air, je mets toujours la pression sur les contrôleurs pour voler le plus vite et le plus court possible. Au besoin, je négocie, je n’hésite pas à leur dire la débilité de ma trajectoire, ce qui ne doit pas se faire sur une fréquence de contrôle encombrée, je veux qu’ils sachent que je peux faire bien mieux s’ils me laissent gérer. À Blagnac, où je me pose régulièrement, je leur garantis, par exemple, 165 KIAS jusqu’à 2 Nm finale, ce dont les contrôleurs sont demandeurs, évidemment. À condition qu’ils me laissent optimiser la descente du N77GJ, ce qu’ils font alors.

Je sais, pour avoir participé à des réunions de coordination entre CCR et compagnies, que les contrôleurs font au mieux de leurs possibilités. Je n’ai pas l’expérience de la ligne et de ses avions qui se suivent à la queue leu leu, par contre j’ai volé à bord de biréacteurs performants, là où l’horizon est noir, dans un ciel comparativement vide, et les contrôleurs les y font grimper le plus vite possible. À travers l’Atlantique, nous avons été autorisés à sortir des routes océaniques de manière à optimiser notre vol au mieux, à la fois pour notre empreinte carbone et pour la facture finale car il y a toujours quelqu’un qui paye, ne l’oublions pas.

Les acteurs de l’aérien n’ont pas attendu Greta pour réfléchir sur le « vivre ensemble avec l’aviation » car cette dernière représente 4,3 % du PIB national et 320 000 emplois directs et 570 000 soutenus*.

Ils savent que ce chiffre de 2 % des émissions de CO2 d’origine humaine (1,4 % pour nos émissions nationales) n’est pas une excuse pour ne rien faire, même si cela représente 4 milliards de passagers transportés.

Aussi, dans les faits, elle est plutôt vertueuse, leur aviation. Elle est vertueuse pour avoir abaissé ses émissions unitaires de CO2 de 80 % au cours des 60 dernières années, de 2 % en moyenne chaque année entre 2000 et 2017. Car tous les acteurs du transport aérien se sont mobilisés pour garantir une croissance neutre en carbone à partir de l’année prochaine, avec comme objectif une réduction de 50 % à l’horizon 2050, ce qui signifie des efforts de recherche et d’innovation portant sur les avions et les sources d’énergie employées, les procédures opérationnelles, l’optimisation de la chaîne de traitement au sol et le développement de biocarburants.

Par contre, nos acteurs de l’aérien ne savent pas comment le faire savoir au grand public, ils n’ont pas d’inspiratrice à nattes et ils ont donc le blues, ils sont désemparés, se protégeant mollement, bras croisés devant les yeux, quand Greta leur balance ses uppercuts saignants.

Être vertueux, ce n’est pas suffisant, encore faut-il bien communiquer, trouver des mots forts.

Changer l’image de l’aviation, voilà qui pourrait faire l’objet d’une réflexion nationale prochainement. Ne sommes-nous tous pas dans le même « bateau » ?

Jacques CALLIES

 *Source FNAM

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