Derrières les propos pondérés d’Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, on pouvait facilement imaginer l’agacement, voire la colère, du dirigeant en annonçant à l’ouverture du salon de la NBAA (National Business Aviation Association) le 9 octobre que le Falcon 5X serait une nouvelle fois retardé à la suite de problème moteur sur le Silvercrest, produit par Safran pour l’avion d’affaires. « Nous n’avons pas encore analysé toutes les conséquences de cette nouvelle, mais nous savons que l’entrée en service devra être retardée à nouveau. Il va falloir quelques semaines de plus pour mesurer les conséquences de cette regrettable situation et prendre les mesures adéquates ». L’appareil a fait son premier vol en 5 juillet équipé des moteurs préliminaires, ce après avoir été déjà retardé une première fois. Les qualités sont, selon le dirigeant, au rendez-vous avec un bon niveau de performances et un comportement aérodynamique semblable aux prévisions. L’avion a effectué plus de 50 heures, mais les ingénieurs de Safran ont fait remonter des problèmes de performances sur le compresseur haute pression. C’est un vrai coup dur pour Dassault qui attend beaucoup de ce segment de marché, la classe de 5000 mn, et pour lequel le constructeur a conçu un appareil aux dimensions généreuses puisque sa cabine fait 1,98 de haut et 2,18 m de large. Son concurrent le plus sérieux est le Global 5000 (pour 5000 nm) et qui fait lui 2,41 m de large. On se souvient que lors du Roll Out du 5X, Philippe Petitcolin, le dirigeant de Safran, était ravi que son entreprise soit un partenaire majeur du programme, il estimait alors à l’époque que ce marché représentait 8000 nouveaux avions d’affaires d’ici 2030. Philippe Petitcolin laissait entendre que Safran pourrait prendre à terme 25 à 30 % de ce marché. Mais pour l’heure, cette première incursion du motoriste sur ce secteur est un loupé incompréhensible pour celui qui a dans ses gènes la réussite des CFM 56, la référence des avions monocouloirs. Lors de son discours, Eric Trappier a fait un point sur la conjoncture de son groupe dans le domaine de l’aviation d’affaires. Le marché demeure « difficile », mais il y a, selon lui, des raisons d’espérer. Aux USA et en Europe, c’est le secteur de l’occasion qui reste le plus dynamique. L’Amérique latine est au ralenti et des signes de redémarrage de l’activité sont visibles en Chine, cela au moment où le dirigeant a pu se réjouir d’une commande de 4 Falcon 2000 de surveillance maritime par le Japon. Alors que le Falcon 8X est désormais en service aux quatre coins du globe, Eric Trappier, venu à la NBAA avec le 4e exemplaire, a souligné que les retours, concernant le 8X, étaient à l’unisson très positifs. L’appareil vient d’ailleurs d’être certifié pour l’exploitation à London City. JMB