Le mois de janvier démarre toujours par les bons vœux de ceux qui font la France active à tous les niveaux de notre société civile ou industrielle. C’est un moment sympa, partagé avec les amis : « Tiens, ils t’ont invité, toi aussi, malgré ce que tu leur fais endurer ? », où chacun y trouve son compte, aucune cause n’est oubliée, on se sépare cependant sceptique pour la suite, mais rassuré car la bonne volonté y est toujours manifeste. Mais, en 2020, l’événement qui a précédé les grands-messes des « Puissants » a été un colloque organisé le 7 janvier à l’Assemblée nationale pour fêter les 20 ans de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA).

Ce ne pouvait être un signe de temps meilleurs à venir car l’ACNUSA* a une réputation destructive méritée, dénoncée régulièrement dans nos colonnes, ce tribunal orwellien juge sans aucune mansuétude les pilotes – même privés – qui ne respectent pas les trajectoires publiées, leurs écarts étant relevés par les radars de contrôle et des balises sonores : « Eh oui, on n’est pas bon marché, c’est 5 000 euros d’amende à l’aller et 5 000 de plus au retour ! Mais quelle idée de repartir avec un train d’atterrissage qui ne rentre pas ? Le faire vérifier sur place vous aurait coûté beaucoup moins cher ! » m’a raconté Gilles Khaïat, l’avocat qui y plaide parfois la cause de pilotes privés.

Ne pouvant m’y rendre, je me suis assuré que Gilles y serait car un détail de l’ordre du jour donnait froid dans le dos. Il s’agissait de « l’élargissement des missions de l’ACNUSA à tous les champs de l’environnement et de la santé, des difficultés rencontrées pour satisfaire aux attentes grandissantes, du déficit de confiance des populations les plus impactées et de l’engagement des acteurs ».

Gilles en est revenu effaré, pour ne pas dire effondré, sans exagérer, au point de fuir les lieux à mi-séance tellement l’atmosphère était partisane, avec une parole captée exclusivement par des riverains en colère, des partis pris anti-aviation où la méconnaissance rivalisait avec la mauvaise foi, où les efforts des constructeurs et des compagnies pour être plus silencieux et décarboner l’atmosphère étaient niés ou tournés en ridicule, le tout encouragé par un modérateur, journaliste à France Info, plus green que green, et qui n’était là que pour enfoncer encore plus l’aviation, selon Maître Khaïat.

Je ne pense pas que ce soit exagéré car Michel Polacco, qui parlait si intelligemment de l’aviation sur les ondes, m’a répondu par le SMS suivant alors que je lui signalais quasi en direct un éclairage particulièrement odieux sur France Info à la suite de l’accident du joueur de foot Emiliano Sala : « Je ne peux rien faire pour toi. Je suis boycotté par la direction depuis des mois, pas assez écolo… Il n’y a rien de méchant en cela, juste qu’ils ne veulent pas d’un regard qui pourrait les juger… » Pas méchant, peut-être, mais d’un sectarisme inacceptable sur une radio qui fait partie d’un groupe radiophonique de service public.

Fuir, ce n’était peut-être pas la solution, ai-je reproché à Gilles, ne valait-il pas plutôt argumenter :  « C’était impossible ! La P-DGère d’une filiale d’Air France a bien essayé de défendre l’aérien, d’expliquer les nouveaux avions qui arrivaient, mais elle n’a pas réussi à capter l’attention. C’était juste fou ! À les écouter, pour que la croissance soit soutenable, il faut désormais qu’elle soit compatible avec les exigences des riverains des aérodromes en matière de nuisances sonores, et celles gouvernementales passées, présentes et à venir en matière d’émissions de CO2… Et, pour y arriver, il n’y a qu’un moyen, c’est la décroissance, on a donc prôné une décroissance joyeuse ! Vraiment, c’était fou, d’autant que ce sont les mêmes qui veulent qu’on résorbe 5 millions de chômeurs et qui prennent l’avion pour se rendre à Toulouse  ! »

Nous sommes des objets de l’incohérence générale… Nous sommes des morceaux d’une grande construction dont il faut plus de temps, plus de silence et plus de recul pour découvrir l’assemblage, écrivait Saint-Exupéry en d’autres temps. Je crois que l’incohérence reste générale et si on y rajoute ce besoin viscéral d’entrer dans le moule des modes, une dose de sectarisme et un zeste de démagogie, nous risquons de nous retrouver euthanasiés !

Eh oh, les pilotes ! Eh oh, la génération easyJet ! Réveillez-vous, nous sommes bien seuls !

Jacques CALLIES

*L’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires est chargée de contrôler l’ensemble des dispositifs de lutte contre les nuisances générées par le transport aérien et le secteur aéroportuaire. Elle peut émettre des recommandations sur toute question relative aux nuisances environnementales sur et autour des aéroports. Elle doit également satisfaire à un devoir d’information et de transparence notamment vis-à-vis des riverains. Outre ses compétences sur l’ensemble des aéroports civils, elle dispose de pouvoirs spécifiques sur 14 principales plateformes, et d’un pouvoir de sanction à l’encontre des compagnies aériennes.

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