Le bouclage d’un magazine est un moment compliqué, le moment que j’aime le plus car se profile dans le stress, la sueur et l’angoisse de planter les délais, le prochain numéro, celui que nous voulons toujours plus beau, plus intelligent, plus sympa, plus branché, plus pilote et plus actu que le précédent. On croit rêver, pensez-vous, mais n’est-ce pas justement le propre de l’homme ?

Les amis sont au courant car, cette petite semaine-là, passée exceptionnellement tous ensemble dans notre rédaction de Lognes, installée au cœur de l’aérodrome par notre volonté et la bienveillance de Paris Aéroport (ex ADP), à côté des avions qui essayent d’attirer notre regard en faisant ronfler leur moteur, nous n’y sommes pour personne !

Tous s’en amusent car chacun a appris à la longue que nous prenons toujours au téléphone celui qui insiste, que nous rencontrons untel qui a un problème urgent à résoudre ou tel autre qui souhaite déjeuner avec nous « vite fait ».

C’est tout cela qui inspire mon édito, plusieurs fois rédigé dans ma tête pendant cette dernière semaine, toujours frappé sur mon Mac à la dernière minute. Mais pourrais-je faire autrement ? Étrangement non. Et pourtant je ne suis jamais en panne de sujet tellement chaque mois est riche.

Hier matin au réveil, avant de regarder le journal de BFMTV, je pensais vous parler de ma rencontre de la veille avec Thierry Pouille, président d’Air Journey, société d’assistance aéronautique multipolaire installée en Floride qui a vu son activité exploser lorsqu’elle s’est attaquée à la clientèle jet. Français de cœur mais Américain de passeport, Thierry m’avait expliqué pourquoi il avait voté pour… Donald Trump !

Avant cela, j’avais eu envie de raconter le dîner organisé par l’association caritative Aviation Sans Frontières (ASF) au Bristol grâce à de généreux donateurs – la cuisine d’Eric Frechon, chef trois étoiles au Michelin, permet de doter ASF d’environ 150 000 euros comme je l’ai calculé à la louche. J’y avais rencontré, à l’invitation de Vadim Feldzer qui gère avec éclectisme la table Dassault, un monde cosmopolite passionnant. J’y inclus bien sûr l’Autorité représentée par Patrick Gandil, DG de la DGAC, et Odile Cherel, sa directrice de cabinet, et aussi la construction aéronautique car mon voisin de table, Carlos Brana, DGA des avions civils Dassault, pilote privé un temps, m’avait entretenu passionnément du marché fort complexe des jets d’affaires.

Mon cœur avait balancé avant cela avec la fête de Noël franco-allemande organisée à la taverne Zum Löwen à Staufen im Breisgau par l’European Mooney Pilots and Owners Association (EMPOA), à l’endroit même où le docteur Faust aurait trouvé la mort dans une explosion lors d’une expérience alchimique visant à fabriquer de l’or à partir du plomb ! Un moment plein de gentillesse et d’histoires d’avion, avec un vrai père Noël qui nous a ramenés à l’enfance avec ses « Ho Ho Ho » et ses compliments malicieux.

J’avais tellement de cartes en main ! Mais voilà, le nouvel attentat au marché de Noël de Berlin les a rebattues de façon si violente qu’elles se sont toutes échappées de ma tête. Quelle vacuité que tout cela, comment oser parler d’aviation, de pilotage, de troisième dimension, de plaisir quand des terroristes massacrent sans discernement des populations civiles, femmes et enfants compris ?

Je suis arrivé au bureau la tête pleine d’idées noires. Comme je me garais, j’ai croisé un voisin d’aéro-club qui a vu mon visage des mauvais jours et a réagi vivement à mes propos pessimistes : « Tu es malade ou quoi ? Eh, mon vieux, ne baisse pas les bras, bats-toi plus que jamais. L’aviation, c’est tout simplement l’expression de la liberté ! »

Il venait d’écrire mon édito et je l’en ai remercié chaleureusement.

Alors, je vous le dis avec le cœur, excellente année 2017 !