Tradition oblige, vous pensez trouver un canular génial dans ce numéro d’avril, tellement réfléchi qu’il risquerait bien de vous échapper mais… il n’y en a pas !

Ou alors, il s’agit d’une cogitation de dernière minute, dont j’ai été exclu.

Un poisson d’avril, c’est « la » nouvelle qui fait plaisir, qui paraît trop belle pour être vraie, qui déclenche des réactions de curiosité ou d’envie. Rappelez-vous l’essai « exclusif » du BD-5A, amphibie à arbre d’hélice pliant lors du déjaugeage, une invention visant à taquiner l’inventif James Bede ; ou bien le rachat du porte-avions Foch par Breitling pour l’ancrer comme hélisurface dans la baie de St-Tropez : ou encore la nomination de Gérard Feldzer comme secrétaire d’État aux Transports au moment où il était le poil à gratter de la DGAC du fait des idées farfelues, voire dangereuses, qu’il partageait avec Nicolas Hulot ; ou enfin les baptêmes de l’air en Mirage 2000B vendus par l’Armée de l’air pour rééquilibrer ses comptes puisque le budget de la Défense avait rétréci comme peau de chagrin…

Si le Chef d’état-major avait été contrarié que nous ne l’ayons pas prévenu de notre blague, Gérard Feldzer s’était senti plébiscité par les félicitations reçues de la DGAC ; Bede n’avait pas validé nos délires, mais nos confrères étaient tombés dans le panneau, tout comme les pilotes hélico de la Côte d’Azur !

Quant à nous, à chaque fois, nous avions ri de bon cœur par avance et la suite nous avait donné raison.

Cette fois-ci, nous n’avons pas réussi à rire en écoutant les élucubrations des uns et des autres, le cœur n’y était pas.

Était-ce à cause de l’ambiance préélectorale délétère actuelle ? Il est vrai que la démission hâtive de notre ami pilote Bruno Le Roux de son poste de ministre de l’Intérieur nous a valu illico des réactions bouleversées, mais pas pour les raisons que l’on était en droit de supposer : « C’est foutu ! On vient de perdre notre seul atout PPF ! Espérons quand même qu’il ait pu faire quelque chose. » Nous avions bien sûr pensé un instant inventer le retour de la Douane à Toussus-le-Noble…

Un peu avant, l’administration Trump avait déclaré vouloir privatisater le contrôle du trafic aérien américain. L’idée ne nous serait pas venue tellement ce projet va à l’encontre de l’intérêt des pilotes. L’aviation est un domaine sensible, elle a besoin de la protection impartiale d’un organisme public au service de l’intérêt général. Ce ne sera pas forcément le cas avec une entreprise privée au service d’intérêts privés. Coïncidence, en novembre dernier, comme je le raconte dans ce numéro, j’ai tenté une négociation auprès de Nav Canada – entreprise privée – après avoir pris conseil auprès de Transports Canada – agence publique : j’ai perdu à la fois mon temps et usé mes nerfs ; je pressens du reste certains « petits arrangements entre amis », insupportables quand il s’agit de sécurité aérienne.

La DGAC acceptant enfin le principe du coavionnage, cela pouvait par contre faire un très bon poisson d’avril. C’était tentant puisque nous nous étions procurés le rapport de l’EASA qui avait fait suite à la réunion en novembre dernier d’un groupe de travail à Cologne. La conclusion était on ne peut plus claire : « 1 – There is a consensus (with the exception of France) that there is no evidence of specific risks related to the fact that passengers are contacted through a web platform, as opposed to the aeroclub, family and friends circles, or in a pub.
2 – There is a consensus (with the exception of France) that in the absence of such evidence, no additional requirements should be imposed to this activity. »

Il suffisait d’enlever les parenthèses… Mais nous n’avons pas pu passer à l’acte car, hélas, les avis sont encore et toujours partagés à la rédaction : pas de consensus, donc pas de canular, d’autant que c’est en juin seulement que la Commission européenne votera pour faire retirer sa dérogation à la DGAC.

Il n’y a hélas pas de poisson dans ce numéro d’avril. Vivement mai !