Cela sert-il de tutoyer des Élus de la République ? On n’en sait rien mais on se tutoie parce que nous sommes pilotes et que, parfois, cela permet des relations personnelles plus directes. Je pense bien sûr à notre ami Bruno Le Roux, député et ministre « éclair » de l’Intérieur, qui a porté efficacement quelques dossiers pour notre aviation, ainsi qu’à d’autres parlementaires sur les dossiers épais de la relance de l’aviation générale ou de la défense des aérodromes. Cela pouvait prendre la forme d’un soutien directe à la Chambre, avec invitations au Palais pour nous assurer de leur appui et participation à nos congrès et Fly-In, une façon aussi pour eux de rencontrer parfois un électorat de pilotes mal aimés.

Mais ce n’est pas parce que je tutoyais autrefois Nicolas Hulot que sa nomination comme ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, avec Élisabeth Borne comme ministre déléguée aux Transports, a fait naître chez moi l’espoir que l’aérien allait se voir réhabilité.

Rien que le nom de son ministère fait peur ! Mais, au moins, je suis soulagé de voir passer à la trappe l’autocrate Ségolène Royal, comme Nathalie Kosciusko-Morizet avant elle. Deux ministres incapables de prononcer devant un parterre de présidents les mots « transport aérien, compagnie aérienne, Air France, Dassault, Airbus, etc. », ni d’évoquer ce qui touche à la vie ordinaire de millions de gens et à l’emploi de centaines de milliers d’autres ; ne parlons même pas de l’aviation générale qui ne représente « que » 4 milliards d’euros de CA et « seulement » 20 000 emplois.

À mon sens, ces deux politiques-là n’auraient jamais dû s’occuper de transport. De la même manière qu’on ne fait pas entrer un loup dans la bergerie car le moral des moutons s’en ressent, il ne faut pas mettre des populistes traqueurs de signature carbone aux transports aériens, du moins tant que l’endurance de l’avion électrique dépend de la longueur de la rallonge qui le lie à sa prise.

Notre espoir aujourd’hui, c’est que Nicolas Hulot connaît l’aviation, il l’aime, il l’a longuement pratiquée comme privé en tant que pilote ULM, hélico et avion : « J’aime le pilotage pur, sans contrainte. Avec mon ULM, je décolle de l’eau, je vais aux Îles Chausey, je ne demande rien à personne. En montagne, j’ai un peu ce sentiment-là. » nous avait-il déclaré il y a 30 ans…

Nicolas Hulot a aussi pratiqué l’aviation comme professionnel : « A la télévision, ma motivation c’est avant tout l’image et l’esthétisme. Eh bien, c’est simple, l’aéronautique rend tout beau. Survolé, le plus triste des paysages va avoir un côté éclatant. Dans des régions grandioses, cela devient un vrai show. C’est pourquoi j’use et abuse des choses qui volent. Comme j’ai une grande panoplie qui va de l’autogire à l’Alpha Jet en passant par le ballon et le delta, j’en profite au maximum […] Les gens découvrent un engin, une pratique, un savoir-faire et ça, ils adorent ! Ils ont peut-être l’impression que je me fais plaisir mais ils partagent mon plaisir, mon émotion […] Je leur explique que cela s’apprend, que c’est amusant, que cela vaut le coup de se donner la peine pour cela. Lorsque je leur montre une discipline qu’ils ne connaissent pas, les téléspectateurs se disent : « Si Hulot le fait avec ses 53 kg tout mouillé, je peux le faire moi aussi ». Je ne veux pas mettre de barrière, je veux être incitatif. »

Eh bien, on compte donc sur toi, Nicolas, pour porter une attention bienveillante sur l’aviation générale, encourager l’apprentissage du pilotage des jeunes par des aides, bloquer Notre-Dame-des-Landes, interrompre la politique de fermeture des aérodromes secondaires indispensables à la collectivité, en finir avec la disparition des points de passage frontaliers, etc.

Au nom de tous ceux qui privilégient le tutoiement au port de la cravate, au nom de nos lecteurs, nous te souhaitons des vents favorables. Nous sommes prêts à t’aider à rendre à notre aviation – déjà écologiquement responsable à chaque fois qu’elle le peut – toute la place qu’elle devrait avoir dans ton ministère.