Tout comme l’a chanté Brel en son temps, j’avais vu Vierzon, Honfleur, Anvers, Hambourg mais pas Vesoul et peut-être que cela me manquait. En tout cas, mi-décembre, après avoir reçu un joli carton « Noël Fly In Vesoul », nous avons décidé de nous retrouver entre pilotes là-bas à l’invitation du psychiatre Philippe Coffinet, vice-président de l’EMPOA, une association de pilotes de Mooney essentiellement implantée Outre-Rhin.

De Vesoul, on n’a bien sûr pas eu le temps de voir grand-chose mais ce n’est pas important, il y a plein d’autres villes dans le monde dont les hommes volants ne connaissent que les aéroports, ce qui ne semble insensé qu’aux terriens. C’était plutôt le besoin viscéral de voler entre amis, la perspective de revoir la famille Coffinet et l’instinct grégaire qui nous ont guidés vers le dernier rassemblement de l’année 2015.

Si nous savions y retrouver des amis fidèles, nous souhaitions aussi nouer de nouveaux liens. Cela a été le cas par exemple avec le jeune David Kromka qui pilote dans le civil un B767 chez Condor ou le doyen Werner Wohlfahrt, 80 ans, qui a découvert l’aviation une fois à la retraite, ce qui ne l’a pas empêché, aussitôt son PPL obtenu, d’acheter en copropriété un vieux Mooney M20J et de voler plus d’un millier d’heures… Nous nous sommes faits la promesse de nous revoir, de voler ensemble et nous savons que cette promesse sera tenue d’autant plus facilement que nous avons maintenant brisé la glace franco germanique.

Partager l’aviation, être copropriétaire d’un avion ou s’associer à un projet peut être une solution pour voler un peu plus, un peu plus loin et avec encore plus d’enthousiasme.

Nous avons le bonheur de vérifier ce postulat à chaque fois que nous organisons un raid. Le prochain, « Cap sur Téhéran » prévu en octobre 2016 et lancé le mois dernier, a fait en quelques jours seulement son plein de pilotes, à savoir 15 équipages. Au moment où j’écris, nous en sommes à 13 équipages en liste d’attente, dont 5 « anciens » de la Russie et du Svalbard qui pensaient « avoir quand même le temps de s’inscrire ! » et qui sont donc, à juste titre, un peu inquiets pour la suite des événements. N’oublions pas non plus les lecteurs qui se sont mis spontanément à notre disposition, nous ouvrant leur carnet d’adresses afin de nous aider à négocier avec les autorités concernées et à choisir une route VFR plus facile mais qui survole un « tout petit peu » la Géorgie et l’Azerbaïdjan. À propos, si quelqu’un a de bons contacts là-bas, nous sommes évidemment preneurs.

Cet engouement pour ce projet, assez ambitieux du fait du contexte géopolitique, m’a réjoui au plus haut point.

Certes, pour nous, piloter un avion, cela surpasse au niveau plaisir de très loin les autres disciplines existantes, même les plus sportives et les plus exigeantes techniquement, mais ce n’est pas suffisant de mon point de vue.

Certes, piloter un avion à travers les Alpes, l’Europe, la nuit, les mers, c’est bon pour le moral et la santé mais ce n’est toujours pas suffisant.

En fait, l’aviation générale, c’est bien plus que des avions, des moteurs, de la technique, du plaisir, des salons, des souvenirs, que sais-je encore… C’est « le » trait d’union dont nous avons tous besoin. J’en ai encore eu la preuve lors du dernier conseil d’administration de l’année de l’AOPA France. Pratiquement tous les administrateurs étaient là, venus pour certains de fort loin, alors que l’ordre du jour n’avait rien d’extraordinaire. Ils souhaitaient simplement proposer leur temps et leur talent afin de plaider les dossiers sensibles à Cologne, défendre quelques aérodromes en danger, s’attaquer à la refonte du site Internet, programmer des BBQ entre pilotes, organiser notre avenir en Europe, imaginer une aviation un peu plus solidaire… Magique.

Tout ceci, c’est bon pour le moral. Excellente année 2016 à tous !