Le fait que nous soyons incapables de résister à la tentation aéronautique fait hélas de nous des proies faciles. C’est pourquoi nous rappelons régulièrement dans nos numéros hors-série qu’il convient de prendre son temps en toutes circonstances, d’utiliser des check-lists et de faire preuve du même bon sens dont nous animerait dans notre environnement professionnel. Ainsi, avant d’acheter un avion d’occasion, de se lancer dans une formation ou une qualification, il faut, avant toute décision, consulter les professionnels reconnus, faire expertiser la machine par des mécaniciens indépendants ou se renseigner sur la qualité et la solidité financière de l’école que vous envisagez d’intégrer. Il n’y a jamais « d’affaire à saisir » qui mérite que l’on déroge à une seule de nos recommandations.

Même s’ils sont rares, les escrocs sont à l’affût, profitant du web qui permet des effets virtuels aveuglants à moindres frais. Par exemple, de supposés brokers proposent régulièrement des avions ne leur appartenant pas, dont les photos et les spécifications techniques ont vraisemblablement été récupérées ici et là sur le site Web de sociétés aéronautiques reconnues.

Cet été, une nouvelle escalade dans l’escroquerie virtuelle a été franchie. Il s’agissait cette fois de l’alliance entre une société située à Tallinn, en Estonie, présentant toutes les garanties possibles (immatriculation au registre des sociétés, avec CAMO, Part-M, etc.) et un avocat dépositaire légal de fonds basé à Bristol, au Royaume-Uni. Parfaitement rassurés par ce montage, plusieurs acheteurs ont été poussés, de façon plutôt habile, à effectuer des dépôts de garantie de 10 % pour bloquer un Diamond DA42, annoncé au prix sacrifié de 210 000 euros. Cet avion existait bel et bien mais il n’était pas à vendre et ne se trouvait pas à l’endroit indiqué aux acheteurs. L’argent a disparu et les escrocs sont introuvables, que ce soit à Tallin ou à Bristol.

En aviation, ce qui vaut pour les particuliers vaut aussi pour les professionnels. En juin 2010, Pierre-Henri Gourgeon, le directeur-général du groupe Air France – KLM de l’époque, a ouvert une table ronde organisée à l’occasion des 20 ans de la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande sur les futurs relais de croissance pour le secteur aérien par un discours qui m’avait étonné. Ce dernier avait attaqué son speech par une question : « Quel autre secteur industriel que le nôtre considère comme normal de travailler avec des marges commerciales si faibles qu’il suffit d’une grève ou qu’un volcan se réveille pour que le résultat de toute une année soit ruiné ? » Il voulait parler entre autre de l’éruption de l’imprononçable Eyjafjöll islandais qui perturbait le trafic aérien à l’échelle mondiale au même moment et allait coûter plus d’un milliard d’euros aux compagnies aériennes. L’idée de M. Gourgeon était de laisser entendre que les avions rendaient l’homme déraisonnable. A-t-il prononcé le terme fou, peut-être, mais je n’en suis pas sûr. Mais il m’a semblé rassurant d’entendre s’exprimer ainsi le DG d’Air France, un polytechnicien passé par SUPAERO et l’école de l’aviation de chasse de l’Armée de l’Air française !

Passion et raison font rarement bon ménage, particulièrement en aviation. Prenez la peine d’interroger vos proches : tout ce que le pilotage engendre en termes de coûts et de difficultés techniques leur semble totalement extravagant. Mais vous le savez déjà puisque vous avez probablement vous aussi ce grain de folie propre aux pilotes, et qui leur permet d’avoir des destins particuliers.

Aussi, au moment où nous publions notre 500e numéro, un petit exploit dans un monde où l’immédiat se dispute à l’éphémère, qui n’a été possible que grâce à la complicité qui s’est installée entre notre rédaction et nos lecteurs depuis 1973, nous vous rappelons une fois de plus que, forts de nombreuses expériences plus ou moins heureuses, nous nous tenons toujours à la disposition de ceux qui ont besoin de conforter un choix, quelles que soient les folies qu’ils envisagent !