Vendredi 18 : 10 – Driiiiing driiiiing drrr… La sonnerie du tel m’en fait tomber les clés des mains. J’étais en train de fermer les bureaux de Max’Air, la société pour laquelle je travaille lorsque mon I-pomme commence à jouer de sa fanfare dans ma poche. Pascal, qui m’appelle, est le boss d’une société d’assistance qu’il a créée il y a de cela quelques années à Abidjan. Il est également le correspondant sur place de compagnies internationales spécialisées dans les évacuations médicales.

Pascal m’apprend qu’un ouvrier d’un grand groupe agroalimentaire s’est fait broyer les jambes par un cariste maladroit. Le pronostic vital est engagé, mais le patient n’est pas stabilisé et donc non transportable pour le moment. Il se trouve par ailleurs que le groupe qui l’emploie dispose d’une piste auprès de l’usine ; celle-ci est située en brousse à 225 Nm (soit 50 minutes de vol à 270 kt) et n’est pas éclairée de nuit… 18 h 15, plus 45 minutes pour préparer le vol, rejoindre l’aéroport, et mettre l’avion en ligne (complément carburant, visite prévol, changer la configuration de l’avion pour l’installation du brancard, etc.), il faut oublier… Il est urgent d’attendre. Si l’on ne vole pas ce soir, il n’en reste pas moins que l’on doit préparer le vol. C’est Amaury, notre RDOV, qui prend le relais. Assisté de Maxime, copilote et dispatcher, il sort le plan de vol exploitation (PVE), le devis de masse et de centrage, et envoie le plan de vol à notre bureau à l’aéroport pour qu’il soit déposé au bureau de piste, histoire de ne pas perdre de temps demain matin. Il ne nous restera alors qu’à prendre la météo et nous assurer que l’avion est ok. Celui-ci est reconfiguré par nos mécaniciens. Une cloison et deux rangées de sièges sont enlevées, pour libérer la place nécessaire au brancard et au système d’alimentation en oxygène qui l’accompagne. Surtout, ne rien oublier. Tout ce qui est anticipé est synonyme de stress épargné et donc de sécurité dans l’aviation d’affaires. Il est 20 h 00, je rentre chez moi et appelle un à un les élèves pilotes avec qui je devais voler demain (j’instruis bénévolement à l’Aéro-Club d’Abidjan les week-ends) : désolé mes pioupious, mais le boulot prime sur le plaisir. Enfin ce boulot, c’est aussi du plaisir, mais moins partagé…

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