Par Jacques Callies Photographies Mirauds Volants

Nous sommes à Rungis, à un kilomètre de l’entrée de piste 26 d’Orly. À l’abri des distractions, volontaires pour s’enfermer dans une classe de cours de l’Institut Jean Mermoz, neuf stagiaires, des adultes middle-age, travaillent sous le contrôle d’un jeune instructeur les grands principes du pilotage d’un avion : effets primaires des gouvernes, sustentation, finesse, décrochage, virage, effets secondaires cellule comme le lacet inverse et le roulis induit…

Expliquer à l’aide d’un tableau blanc et de marqueurs les forces en présence, calculer la portance et la traction nécessaires pour faire monter un avion en fonction d’un angle de montée est relativement simple : chacun sait qu’un dessin vaut mieux qu’un long discours, et qu’un croquis est bien utile pour expliquer des formules que tout pilote doté d’un cerveau standard mémorisera le temps de l’examen théorique et s’empressera d’oublier une fois revenu dans le monde réel.

Mais là où l’affaire se complique pour l’instructeur Mathieu Reynaud, c’est que ses élèves sont des non-voyants, la dure réalité qui se cache sous l’appellation familière « Mirauds Volants », une association que soutient depuis une quinzaine d’années Patrice Radiguet, président de l’Aéro-Club des Mousquetaires à Nogaro, lui-même handicapé avec 1/20e de vision.

Mathieu va-t-il s’en sortir ? Tel est l’enjeu qui justifie ma présence dans la salle de classe, à l’invitation de Jean-Pierre Chambelin, directeur de l’Institut Mermoz, un ancien CdB d’Air France spécialiste de la formation aéronautique, qui travaille sur ce cas d’école extraordinaire : l’élaboration d’un cursus pour préparer à l’examen théorique PPL des stagiaires aveugles qui, bien sûr, ne caressent pas l’espoir de voler seul un jour mais aimeraient voir valider leurs connaissances théoriques au travers d’un examen d’État, comme le peut tout citoyen qui le souhaite, mais avec un modus operandi adapté à leur handicap. Indispensable à la bonne fin de ce projet, la DGAC est dans le coup et, coïncidence, une délégation de trois observateurs venus d’Athis-Mons est là, installée au dernier rang : la pression est donc maximale pour Mathieu…

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