C’est une première, les pilotes irlandais et italiens de Ryanair ont décidé de se mettre en grève. Les Italiens ont commencé en douceur avec des débrayages de quelques heures avant de suspendre le mouvement le samedi 16 à 12h. En effet, à la suite de cette menace, la direction a fait un geste historique en acceptant de reconnaître les syndicats, ce qu’elle avait toujours refusé. Toutefois, pour l’heure, la perspective d’une grève n’est toujours pas écartée pour le 20 décembre. Il n’est même pas impossible qu’elle prenne de l’ampleur avec l’entrée dans le mouvement des pilotes allemands de la compagnie. Depuis le début de son exploitation, Ryanair a mis en place un modèle social qui est aujourd’hui fortement contesté par ses pilotes. L’embellie sur le marché de l’emploi des PNT, mais également les conditions financières et sociales plus intéressantes ailleurs placent les pilotes en situation de force. Près de 150 pilotes ont déjà « fui » la compagnie irlandaise pour rejoindre Norwegian où l’ambiance apparaît bien meilleure. Ryanair, c’est la compagnie aux multiples formes de contrats pour les PNT, la principale était celle de l’auto-entrepreneur, une situation que les pilotes étaient contraints d’accepter en période de pénurie d’emploi. C’est aussi l’impossibilité de négocier des conditions salariales, ce sont également les lettres de menace envoyées aux PNC qui ne faisaient pas assez de chiffres, ce sont encore les changements de base en cas de revendications appuyées pour les pilotes… Bref, la grogne monte lentement depuis longtemps. La compagnie a bien proposé de nouveaux contrats, mais assortis d’une période d’essai d’un an… Il y a eu également l’annulation de 20 000 vols pour des raisons techniques de planning de vacances qui a ajouté à une sorte de mal-être. Aujourd’hui, avec cette menace de grève, la direction de Ryanair est donc confrontée à une triple contrainte. Tout d’abord, la grève perturbera sensiblement l’exploitation. Ensuite, il y a plein d’autres compagnies aériennes qui recrutent en ce moment et la menace d’un départ en chaîne n’est pas à exclure. Enfin, l’image de Ryanair va se trouver sensiblement affectée. Reste à savoir comment son dirigeant Michael O’Leary va réagir après cette première décision. Les adversaires du low cost sourient déjà espérant voir les premières fractures du système Ryanair. Mais ce dernier a encore de la ressource : « si le dialogue social est pourri, l’exploitation est carrée. Elle a permis à des tas de jeunes pilotes d’apprendre leur métier de manière très professionnelle », confie ce copilote. Le réservoir d’emplois des compagnies du Golfe a longtemps été la compagnie irlandaise. L’autre pilier du développement de Ryanair est la contribution des collectivités locales à l’arrivée d’une ligne sur leur territoire, et sur ce plan, l’inversement de tendance n’est pas pour demain.