Depuis que l’EASA s’est décidée à revoir les règles qui régissent l’aviation générale, nous avions retrouvé l’espoir. Nous allions enfin avoir un cadre réglementaire adapté à la taille de nos avions, qui allait nous permette de défroisser nos ailes, trop longtemps fripées par des règlements abusifs.

Mais, après une longue conversation avec l’un de nos lecteurs étrangers, plutôt remonté contre la France et l’immobilisme des pilotes français, j’ai compris que cette embellie tant attendue était menacée par des ennemis sournois, qui se servent de notre innocence ou de notre optimisme naturel pour nous poignarder subrepticement dans le dos : il s’agit des nouveaux gestionnaires d’aérodromes.

Ce pilote francophile, propriétaire d’un Piper monomoteur 6 places, avait été facturé 370 euros pour deux jours d’escale, soit plus du double du prix indiqué avant qu’il ne vienne atterrir sur un aérodrome à la mode du sud de la France. Un prix déjà bien augmenté selon cet habitué de l’aérodrome en question.

Comme les doléances de pilotes nous arrivent depuis quelque temps de toutes parts, faisant état généralement d’un handling obligatoire fort peu en adéquation avec les moyens de l’aviation générale, cette dernière risque cette fois-ci de mourir asphyxiée par manque d’aérodromes secondaires accessibles. Où poserons-nous nos roues bientôt si les taxes s’envolent partout ? Nulle part, ce qui est paradoxal quand on sait que la France dispose d’un maillage d’aérodromes unique en Europe !

Les taxes d’atterrissage sont donc devenues l’arme fatale des nouveaux gestionnaires qui veulent donner la priorité aux compagnies commerciales à bas coût et aux vols d’affaires : « Nous comprenons bien que vous ne pouvez pas cohabiter avec l’aviation générale qui vous fait perdre du temps, donc de l’argent. On va s’occuper du problème ! ». Ce qui est tragique, c’est qu’une fois les subventions épuisées, les low costs s’en vont et l’aérodrome est alors silencieux pour très, très longtemps…

Certes, ce n’est pas nouveau, la sélection par l’argent a commencé dans les années quatre-vingt-dix, par l’aérodrome parisien du Bourget où nous avions nos habitudes quand nous rentrions de reportage la nuit avec notre Seneca. Un matin, j’ai été effaré par la facture qui m’a été présentée chez Transair : « C’est fini pour vous, Le Bourget. Les opérateurs de la plateforme ne veulent plus d’avions à hélices ! » La dernière fois que j’y ai accompagné le pilote professionnel d’un Cessna Mustang, il s’est acquitté de 700 euros pour sa demi-journée d’escale, sans sourciller !

Le phénomène n’est donc pas nouveau mais il se généralise à toute vitesse : Cannes, Marseille, Nantes, Auxerre, Lyon, La Môle… Ces aéroports utilisés par l’aviation d’affaires sont tentés de réserver leurs installations à des jets dont les exploitants ne s’inquiètent pas de devoir dépenser des centaines d’euros pour une brève escale.

Ailleurs, des aéro-clubs deviennent indésirables, chassés par des taxes d’atterrissage décuplées, des hausses de loyer insensées, le manque de places de parking, un handling obligatoire et parfois des NOTAM interdisant le terrain en saison touristique.

Notre infrastructure aéronautique nous est progressivement interdite du fait d’une sélection évidente par l’argent. Et quand l’argent n’est pas en cause, c’est alors la Douane dont l’absence tue les aérodromes autrefois PPF et blesse gravement le tissu économique local. Ou bien la difficulté à se ravitailler en carburant si l’on ne dispose pas de la carte idoine. Et aussi l’impossibilité d’accéder à son avion si un membre du club local n’est pas présent. Et enfin l’indifférence des maires, des conseillers régionaux et autres qui n’ont toujours pas intégré le fait qu’un kilomètre de route ne mène nulle part mais qu’un kilomètre de piste mène au monde entier !

Le temps est venu pour nous tous de nous intéresser de près à l’avenir de nos 475 aérodromes. Même s’ils ne sont pas suffisamment utilisés, ils restent le fruit de la sueur de nos aînés et ils appartiennent d’une certaine manière à nous tous, contribuables français. À nous de les faire protéger pour les générations de pilotes à venir !

Jacques Callies