Traditionnellement, le mois de janvier est celui des vœux des ministères, et ceux de Patrick Gandil, le directeur général de notre administration de tutelle, sont écoutés avec la plus grande attention car une part importante de son discours est toujours consacrée à l’activité de l’aviation générale, ce qui n’a jamais été le cas de ses prédécesseurs qui ne s’intéressaient qu’au transport aérien. Je le dis car j’ai bien senti que cela agaçait certains de ses proches pour lesquels notre aviation est valeur négligeable. Avoir un patron qui pilote et porte de l’intérêt à tout ce qui vole, quelle incongruité ! Aussi, lorsque Patrick Gandil s’en ira, ce qui arrivera tôt ou tard, je sais que nous nous sentirons orphelins.

Les vœux du DG seront hélas prononcés trop tard cette année, ou peut-être est-ce notre magazine qui est imprimé trop tôt, aussi je ne peux que prédire à quelle sauce nous allons être croqués en 2018. Mais sans être devin, et si j’en crois les auspices, et aussi parce que je suis d’une nature optimiste, il semble bien se confirmer que les planètes sont effectivement correctement alignées.

L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est un signal fort. Et même si certains d’entre vous m’avaient fait savoir explicitement que ce n’était pas parce que je tutoyais le « pilote Hulot » autrefois qu’on pouvait compter sur lui comme ministre d’État, je crois qu’il mérite vraiment notre très haute considération car c’est à lui que nous devons l’abandon de ce projet.

Je sais, cela fait un peu peur, d’autant ses raisons ne semblent pas être aussi claires que les nôtres. Mais, peu importe, seule la bonne fin compte.

Nous nous sommes battus bec et ongles contre ce projet et je vous invite à relire notre enquête de février 2013 « La grande menace », largement distribuée ces dernières années par des lecteurs auprès de leurs élus. Elle expliquait les dommages collatéraux sur le paysage aérien, avec la fermeture envisagée de Nantes-Atlantique, Redon, Rennes, Dinard, St Brieuc et Lannion, dans le souci de mettre en cohérence les offres des nombreuses plates-formes bretonnes. Nous y démontrions que si Nantes était dangereux, c’était des milliers d’aérodromes dans le monde qui l’étaient aussi, dont Chambéry où se posent pourtant les gros jets sans polémique. Que si Nantes était saturé à 3,5 millions de passagers (en 2011), comment l’aérodrome avait-il pu accueillir sans histoire trois fois plus de trafic pendant l’éruption volcanique islandaise de 2012 ? Que si Genève accueille 13 millions de passagers, comment y arrivait-il avec une plate-forme aussi petite que Nantes, une seule piste et les mêmes contraintes de proximité urbaine ?

Nous sommes heureux aujourd’hui de cette décision car la mère de toutes les batailles est la défense de nos aérodromes secondaires, une bataille parfaitement définie par nos amis américains qui ont connu les mêmes challenges et les ont emportés : « One mile of road leads to nowhere, one mile of runway leads to everywhere ! » Si nos aérodromes disparaissent, cela en sera fini de l’aviation générale et personne ne peut imaginer les dommages sur l’emploi et même le transport aérien dans son ensemble.

Nous sommes aussi heureux pour nos amis de Nantes-Atlantique maltraités, aussi bien les professionnels que les usagers, que nous avions sentis meurtris et abattus devant « une issue tragique inéluctable ». Ils avaient simplement oublié que seule la foi transporte les montagnes !

Les planètes sont correctement alignées, c’est d’accord, mais cela ne veut pas dire que le temps en France est au beau fixe, au point de ne plus fournir à la National Oceanic Atmospheric Administration les METAR des aérodromes français depuis ce 9 janvier. Comme c’est la NOAA qui dispache la météo auprès de nos opérateurs habituels et aussi dans les cockpits, c’est devenu assez compliqué de voler avec des METAR toujours « expired ».

Excès d’optimiste administratif ? Je pencherais plutôt pour un petit bug qui arrive à point nommé pour nous prouver que tout compte en aviation !

Jacques Callies