L’aéro-club d’Abbeville organise du 13 au 25 août 2018, dans le cadre magnifique de la baie de Somme, un stage de remise à niveau à la carte pour les BB et les PPL sur DR400 120 cv, 160 cv et C172. Quatre instructeurs de l’aéro-club, FI et FE, dont 3 commandants de bord en compagnie commerciale, seront présents. Les pilotes possédant leur avion seront aussi les bienvenus. Hébergement tout confort sur place, possibilité de faire du camping sur l’aéro-club. Location de vélos à la demande. Pour tout renseignement et inscription : info@aeroclub-abbeville.fr

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L’aéro-club d’Abbeville compte 112 licenciées répartis entre le vol à voile, l’ULM et l’avion (63 licenciés pour cette dernière activité). Il forme au BIA depuis 1988. Actuellement, 18 élèves préparent le diplôme ; ils ont entre 13 et 22 ans, mais souvent leurs parents s’inscrivent en même temps pour suivre la formation. L’an passé l’aéroclub a enregistré une réussite totale avec quatre mentions très bien. Les deux premiers académiques étaient Abbevillois. Le club possède aussi deux simulateurs de vol, un pour le vol à voile et l’autre, de dernière génération, pour le vol à moteur qui sont à la disposition des élèves pilotes ou des pilotes confirmés.

Un peu d'histoire

L’aéro-club d’Abbeville a été créé en 1930 par Michel Doré, né le 23 janvier 1892. Après son certificat d’études primaires, cet homme apprend la mécanique automobile tout en se passionnant pour l’avion qui en est à ses balbutiements. Il est appelé en 1912 sous les drapeaux. Son service militaire n’est pas encore terminé quand éclate la guerre en 1914. Il apprend à piloter et, rapidement, se retrouve aux commandes d’un bombardier. Il sera abattu en combat aérien près de Vouziers, en avril 1916, au cours d’une opération avec son escadrille. Prisonnier des Allemands, il tentera de s’évader plusieurs fois. Il réussira sa 4e évasion quelques semaines avant l’armistice.

Après la guerre, il revient à Abbeville où il exploite un garage et commence la compétition automobile en 1924. Sa première voiture fut une Bugatti, mais il courra aussi sur Licorne, Panhard, et Walker. Son palmarès est éloquent :

  • Champion de France de vitesse en 1925.
  • Recordman du monde en 1926.
  • Vainqueur des 24 heures du Mans en 1928.
  • Recordman du monde de vitesse en 1930 avec 222,850 km/h.
  • Vainqueur des 24 heures de Spa en 1932.
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Accidenté sérieusement à deux reprises, remis sur pieds, il n’oublie pas son « bébé » l’aéro-club et va le faire évoluer. Alors seul pilote, il fait construire un hangar et avec un Potez 36 donne des baptêmes de l’air et, surtout, des leçons de pilotage. Bientôt, viendront le rejoindre Paul Treunet, qui est également coureur automobile, et Charles Debray, père de Michel Debray, qui a 14 ans (il sera le plus jeune pilote de France en 1935).

En 1931, le club possède deux Potez 36 et un Caudron Luciole. En 1932, il y a six Potez et deux Caudron. Cette année là, Doré reprend la compétition automobile. A St-Malo, il fera le meilleur temps en course de côte sur une 350 cv Panhard à 183,800 km/h. Un mois plus tard, il participe avec Charles Debray au tour de France aérien.

En 1934, Michel Doré participe au rallye annuel des officiers aviateurs de réserve. Il est sélectionné par la 12e escadre de bombardement de Reims pour la représenter à Clermont Ferrand avec un équipage de cinq hommes sur un bombardier bimoteur Bloch 200. 1934 sera une année particulièrement active à l’aéro-club : 40 élèves sont inscrits à l’école de pilotage et 1100 baptêmes sont donnés au cours de vingt fêtes aériennes dans la région.

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Fin 1936, la création de la section Aviation Populaire donne un essor supplémentaire au club qui compte 280 inscrits au cours de mécanique et à l’école de pilotage. Le ministre de l’Air lui attribue quatre nouveaux avions : un Potez 43, un Caudron Luciole, un Farman Moustique et un Maubussin Corsaire. Le parc avions se compose alors de 15 appareils. L’activité restera intense jusqu’à la déclaration de guerre contre les Allemands en septembre 1939. Michel Doré a 47 ans, il est mobilisé et rejoint la base de Reims pour prendre les commandes d’un Bloch 200.

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Nommé au grade de Capitaine, il est affecté à l’école d’aviation de Saumur pour former les futurs pilotes militaires. A cette date l’activité de l’aéro-club s’arrête. Les 15 avions sont alors convoyés vers Châteauroux et Saint Nazaire, on ne les reverra plus. L’aérodrome devient alors un terrain militaire, une escadrille anglaise équipée de Hurricane y est basée. Mai 1940 c’est la débâcle. Le nord de la France est submergé par les troupes d’assaut de la Wehrmacht, les aviateurs anglais battent en retraite et les Allemands utilisent immédiatement l’aérodrome. Des bombardiers Dornier y sont stationnés pendant la bataille d’Angleterre. Les Allemands construisent trois pistes en béton de 1941 à 1942 et édifient une trentaine de hangars « demi-lune » dans lesquels s’abritent des Messerschmitt 109 et des Focke Wulf 190.

En 1942, les Anglais reviennent régulièrement à la charge sur l’aérodrome avec des bombardiers légers puis, en 1943, avec des bombardiers lourds. Les chapelets de bombes détruisent une partie des installations ennemies. Septembre 1944, Abbeville est libérée, les pistes de l’aérodrome sont dynamitées par les allemands et deviennent inutilisables.

Michel Doré a été démobilisé en 1940 après la débâcle et arrêté par les Allemands qui l’ont interné dans un camp de concentration. Grâce aux démarches de son épouse, il sera libéré 4 mois et 20 jours plus tard. A son retour à Abbeville en 1944, il prend la direction de l’école d’aviation militaire qui vient d’être créée à Abbeville et permet de relancer l’activité de l’aéro-club qui ne s’est jamais interrompue depuis cette date. Michel Doré meurt le 4 février 1945, il avait 53 ans. La grande salle attenante à l’aéro-club porte son nom.

Merci à Pierre Darras ancien président de l’aéro-club pour sa précieuse collaboration.

Christian Galli, journaliste grand reporteur.

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