L’été est là, les vents nous sont favorables depuis quelques semaines et nous devrions parler de la manière dont nous autres, pilotes, allons prendre l’air avec du soleil plein les Ray Ban, sillonner le grand bleu, partager la troisième dimension. Car la façon de le faire est souvent bien différente selon que les uns et les autres vivent cette attente, qui s’apparente à un supplice pour tous ceux que nuages et Iso 0° trop bas ont condamné à la frustration pendant six mois !

Hélas, ce mois-ci, je n’aurai que le temps de rappeler aux premiers la phrase culte d’Olivier Demacon l’instructeur : « Fly safe, be happy ! » Et aux autres celle d’Emmanuel Davidson l’hédoniste : « Blue skies, tail winds ! » En français, faites-vous plaisir mais, surtout, revenez-nous entier !

Un événement malheureux en a décidé autrement, il nous faut rendre hommage à Dominique Méreuze, président de la Fédération Française d’ULM, décédé à 67 ans d’un cancer le 11 juin dernier, que nous sommes allés saluer une dernière fois à Gap lundi dernier, l’aérodrome des Hautes-Alpes où il avait basé son ULM.

Je ne connaissais pas l’homme que tout le monde disait charismatique, mais le président au caractère bien trempé. Je n’ai pas partagé ses points de vue, pour des raisons essentiellement liées à mon passé d’ulmiste, mais nos rapports avaient le mérite d’être d’une grande clarté. Quand je le remerciais de sa disponibilité, il me répondait invariablement : « Les gars, je préfère que vous me cassiez les pieds aussi souvent que nécessaire plutôt que vous écriviez des idioties ! » Il se référait naturellement à la fois où j’avais écrit, sans réfléchir aux conséquences en matière d’exemplarité, qu’un MTOW à 472,5 kg n’était qu’une vue de l’esprit quand le même ULM était calculé à 600 kg sous d’autres latitudes.

Ce propos m’avait semblé frappé au coin du bon sens et pourtant il m’avait valu des commentaires cruels dans la presse spécialisée, y compris en nos propres pages via la tribune fédérale FFPLUM. J’avais préféré m’écraser plutôt que de croiser le fer avec ce guerrier redoutable et redouté, mais ceux qui m’avaient « induit en erreur » s’étaient attiré les foudres de la DGAC, à mon insu, sous prétexte qu’on ne réveille pas le lion qui dort. Je n’avais donc pu les défendre, ce que j’ai toujours regretté ; il n’y avait pas eu polémique, ce que je n’ai pas regretté.

Car, je le reconnais, Dominique Méreuze avait raison de ne jamais rien laisser passer qui puisse contrarier l’objectif qu’il s’était fixé : imposer à l’Autorité de tutelle la perception extrêmement précise qu’il avait de la discipline ULM afin que cette dernière n’ait jamais à subir les réglementations liberticides qu’a connu l’aviation générale au cours de son développement ; une philosophie définie 20 ans auparavant avec deux mots très simples, mais d’une efficacité absolue : liberté et responsabilité.

Il fallait avoir *l’étoffe d’un héros pour y songer, n’est-ce pas !

Et c’est parce que Dominique Méreuze en était un, parce qu’il avait élevé ses propres certitudes au rang d’un véritable dogme, qu’il a finalement imposé à l’Europe un système déclaratif basé sur la confiance en l’individu. Grâce à lui, le monde de l’ULM fait montre d’une créativité et d’une santé insolentes.

Je sais que son comité directeur va reprendre le flambeau. C’est nécessaire pour l’ULM, mais aussi pour l’aviation en général car Dominique Méreuze a été source d’inspiration dans les discussions que nous menons avec les fonctionnaires de l’EASA qui adorent suréglementer ; un combat chimérique certes, l’aviation certifiée ayant des exigences qui obligent au compromis sous peine d’être hors-la-loi.

Et si l’EASA semble avoir au moins assimilé que l’aviation générale ne pouvait pas être traitée comme l’aviation commerciale, sous peine d’en trépasser, elle n’est pas encore prête à responsabiliser les pilotes.

Président, nous allons penser à vous souvent !