En ce moment, l’Autorité et nos élus consacrent le temps qu’il faut à faire le point sur leurs dossiers, nous expliquer la manière dont ils vont s’y prendre pour atteindre leurs objectifs. C’est facile d’en être, cela vaut le coup pour le cocktail dinatoire qui rend supportable les discours, d’autant que celui de Louis Vogel, maire de Melun et président de la communauté d’agglomération Melun Val de Seine, a tranché avec l’ambiance actuelle, et cela nous a fait du bien, je vous l’avoue.

C’est aussi utile pour comprendre qui sont vraiment nos élus. Ainsi, le même Vogel, chaleureux une heure plus tôt à mon égard, a mal réagit lorsque je l’ai interpellé : « Vous êtes qui, vous ? » Eh bien, le type qui a choisi Melun, ouvert enfin à la CAP, pour y baser un avion chez un opérateur ayant investi lourdement, et qui s’étonne que pas un seul mot de votre discours n’ait été consacré à l’aérodrome : « Ah ! Euh ? Bon… Alors, vous savez bien qu’un aérodrome… Enfin, un tel sujet est sensible, non ! » Certes, mais vous devez aussi savoir qu’un km de route ne mène nulle part alors qu’un km de piste mène au monde entier : « Bien entendu, je sais cela. Entre nous, je considère l’aérodrome de Melun comme totalement indispensable au développement de Melun Val de Seine. C’est, disons… notre pépite ! »

Même si ce numéro de claquettes n’était pas inscrit au programme de la soirée, j’en ai ri de bon cœur, et Marc Pollin, le promoteur de Green Air Park qui m’avait fait inviter, tout autant. Et, comme par un fait exprès, Louis Vogel a immédiatement été contredit par Franck Vernin, maire du Mée-sur-Seine : « Les avions, pas question d’en parler, c’est forcément des nuisances ! » Sa commune, protégée par Melun, ne peut pas être survolée, mais il ne semblait pas le savoir. Par contre, à titre personnel, Franck Vernin n’a rien contre les avions qui génèrent le cash qui fait tourner ses deux agences de voyage Selectour.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais, l’air est connu et je ne peux résister à la tentation de vous livrer un aspect éclairant de la personnalité de Nicolas Hulot, bien qu’il se dise repenti de l’aviation sous toutes les formes, celle que nous connaissons et pratiquons encore avec bonheur. C’est en lisant « Rock », les mémoires de Philippe Manœuvre, que j’ai trouvé l’info : « Patrice Blanc-Francard m’offre un job de chroniqueur dans son émission radio sur France Inter, Loup-garou. Je suis un chroniqueur rock et mon collègue le chroniqueur moto est un passionné de gros cubes nommé Nicolas Hulot. La rubrique du futur écolo en chef s’intitule « La Poignée dans le Coin ». Nicolas Hulot fait écouter aux éditeurs d’Inter un bruit de moto démarrant. Les auditeurs téléphonent, ils doivent deviner de quelle moto il s’agit. Je raconte ce souvenir car le ministre d’État mentionne rarement cette anecdote dans sa biographie. » Cocasse, non ?

Il est heureusement un endroit où la sincérité des sentiments exprimés ne peut être mise en doute. C’est à la DGAC où son directeur général, Patrick Gandil, mériterait de figurer dans le Guinness Book du fait de la durée de son discours annuel. Moins d’une heure cette année, avait-il promis, il a tenu parole puisqu’il s’est arrêté après 59 minutes seulement : « L’époque est assez bénie. Pour l’éternité ? Rien n’est moins garanti ! » Mais ce qui étonne toujours, c’est la façon dont Patrick Gandil semble porter allègrement sur ses épaules le poids de l’aviation mondiale, quel qu’en soit le sujet. Jamais il ne se décharge sur les autres, qu’il s’agisse de sécurité, du BREXIT, des accidents, des mouvements sociaux, des compagnies françaises, de l’environnement, des aéroports, de concurrences loyales à garantir, du survol de la Russie, de la déserte de la Chine, de grands travaux, des grands aéroports, de l’ENAC, d’écologie, d’optimisation des trajectoires dans le plan vertical, de prospective internationale, du manque de contrôleurs, de coavionnage, des subventions pour s’équiper en radio 8.33, de Calypso, de drones, du BIA, de devoir de mémoire… Mais c’est sans doute à cela qu’on reconnaît les grands chefs.

Il y avait un autre moment à ne pas manquer en ce début d’année, celui de l’intronisation de Guy Tardieu à la direction d’OSAC* en remplacement de Jean-Marc de Raffin Dourny. Cela s’est fait lors d’un déjeuner organisé à l’Aéro-Club de France. Si la nomination du consensuel Guy Tardieu nous a fait plaisir – peut-être que les salariés y gagneront en sérénité –, nous regretterons Jean-Marc de Raffin, ami de plein d’autres combats, homme de conviction, capable de belles envolées lyriques, de points de vue novateurs et dérangeants. Un homme à la fois loyal, fin, drôle et obstiné. Jean-Marc de Raffin aura fait progresser la surveillance de l’aviation générale, ne s’enfermant jamais dans des postures sans issue : « Le remède n’est pas dans le règlement ! » a-t-il lancé avant de s’en aller. Et d’ajouter, comme s’il ne pouvait s’en empêcher : « Tout reste à faire ! »

Cela, on le sait tous, hélas !

 

Jacques CALLIES

 

*OSAC : Organisme pour la Sécurité de l’Aviation Civile, en charge du contrôle technique de l’aviation civile, de la surveillance des compagnies aériennes, des constructeurs, des organismes de formation…