Il arrive régulièrement que l’on nous reproche le ton pamphlétaire de mes éditos ou le parti pris de certains de nos articles. Et cela est fort contrariant, évidemment  ! Les membres de l’équipe et moi-même sommes militants et engagés pour la sauvegarde de notre aviation, pour la sécurité, et nous promouvons tout ce qui peut faire progresser ces sujets. Ce qui est exposé à la « Une » ne passe jamais inaperçu, cela provoque la réflexion et, par la suite, des corrections de cap des gens de bonne volonté qui détiennent le pouvoir de faire changer les choses.

En abordant, sans complaisance, les questions de formation, de réglementation, d’entretien des avions, de sécurité des vols, du poids des machines, d’accidentologie et d’accidents, et bien d’autres encore, nous agitons l’eau du bocal, ce qui est notre rôle. Une revue d’aéronautique ­ – un domaine si abouti et tellement merveilleux – devrait-elle avoir pour règle de ne parler que de sujets consensuels et prétendre que, malgré l’incendie du château, tout va très bien Madame la Marquise ? On ne vit pas au pays des Bisounours, comme aime à dire Emmanuel Davidson, les difficultés plus ou moins dicibles sont le lot quotidien des pilotes. Nous croyons sincèrement que notre rôle est aussi de parler des sujets qui font polémique, pour provoquer la discussion entre ceux qui, du fait de leur talent, peuvent inventer des solutions.

Un bon exemple résulte de la publication d’un post Internet de Jean-Michel Bossuet sur notre site le 16 août dernier « L’été meurtrier » ; nous pensions que le crash de deux hélicos ULM de classe 6 à des dates rapprochées méritait que l’on repose des questions liées à la légèreté de construction de certaines machines et sur la pertinence des contours de la réglementation concernant l’hélico ultraléger. Ceci nous a valu un droit de réponse immédiat, sans échange préalable, de l’avocat de la FFPLUM. Un droit de réponse discutable à mon avis car la fédération n’était ni nommée, ni visée par le propos en question et, de plus, la réponse était injustement méprisante.

Mais au-delà de cette passe d’armes, il est rassurant de constater que le président de la FFPLUM, Sébastien Perrot, a compris notre état d’esprit et, plutôt que de monter dans les tours, nous a adressé par la suite un message qui disait en substance : « On ne peut pas être d’accord sur tout, mais on va continuer à en discuter… »

Notre engagement à parler de sécurité ne date pas d’hier. Pouvoir publier des comptes rendus d’enquête du BEA est un privilège acquis par notre magazine. Dans les années 80, cela était strictement interdit, ceci pour de vagues raisons : litiges d’assurances non réglés, respect de la mémoire des disparus, procès possibles, etc. De notre côté, il nous semblait essentiel de comprendre l’enchaînement des événements conduisant à l’incident, d’en tirer des enseignements qui servent à l’ensemble de la communauté. Si nous y sommes arrivés, c’est grâce à notre confrère et ami Michel Polacco, à l’époque rédacteur-en-chef de l’information de France Inter, qui, un jour, nous a envoyé un rapport du BEA concernant une collision aérienne dans laquelle était impliqué un avion de son aéro-club avec le mot suivant : « Tu publies et, si jamais tu as des ennuis, tu pourras compter sur moi. » Non seulement nous n’avons pas eu d’ennuis mais, par la suite, le BEA et les autorités ont totalement revu leur position, ont établi le dialogue, ont envoyé régulièrement à la presse aéronautique les CR les plus intéressants et ont même fini par les mettre en ligne peu après l’arrivée d’Internet dans nos foyers.

Il n’en reste pas moins que les relations avec les fédérations qui nous intéressent, la FFPLUM et la FFA, ont toujours été compliquées. Sans doute parce que, supposées fédératrices, elles travaillent finalement seules vers l’objectif qu’elles se sont fixé, utilisant leur propre organe fédéral pour s’exprimer, et le fait que nous contestions certains de leurs choix doit leur apparaître comme un crime de lèse-majesté.

Je me souviens de l’époque où notre ami Pierre Portmann, vice-président de la FFA, me chicanait régulièrement quand un article lui déplaisait. Comme nous étions voisins à Lognes, l’apparatchik le plus influent de la fédé que je croisais souvent m’avait dit, ou bien fait dire, que la liberté de la presse ne devrait pas exister, que c’était même une hérésie !

Heureusement, la liberté de la presse et d’expression existe et nous continuerons à parler des sujets susceptibles de fâcher mais, comme depuis toujours, avec la volonté affichée de faire progresser les choses, et non pas d’utiliser du poil à gratter gratuitement.

Jacques CALLIES