Dans un communiqué publié le 3 mars 2016 depuis Montréal, Neil Bruce, président et membre du conseil d’administration de SNC-Lavalin, a annoncé de bons résultats financiers pour le quatrième trimestre de 2015 et l’augmentation de son dividende trimestriel malgré la turbulence des marchés et la faiblesse persistante de l’économie.

N’étant pas actionnaire de SNC-Lavalin, cette info financière ne m’aurait pas semblé digne d’intérêt si je n’avais appris d’un lecteur basé à Toussus-le-Noble que SNC-Lavalin Aéroport d’Auxerre avait facturé 324 euros TTC l’atterrissage de son TBM 700 le 21 février 2016. Si l’on rajoute à la facture les trois menus à 14,50 euros TTC facturés par le Relais des Ailes, le restaurant de l’aérodrome, il valait bien mieux que ce dernier aille déjeuner avec ses amis au Jules Verne, le restaurant étoilé du second étage de la Tour Eiffel, ce qui leur aurait permis, en plus, de prendre l’air gratuitement !

Bien sûr, cette facture n’a pas grand-chose à voir avec le dividende offert par l’entreprise canadienne, mais la pilule est quand même difficile à avaler, surtout quand on sait que SNC-Lavalin est bien implantée en France puisqu’elle exploite aussi les aéroports d’Angoulême, d’Annecy, de Chalon, de Cherbourg, de Dijon, du Havre, de Nîmes, de Reims, de Rouen, de Tarbes, de Francazal, de Tours, de Troyes, de Vannes, etc.

Mais où est le dérapage ? L’étude de la facture montre une taxe d’atterrissage à 20 e : jusque là, rien à dire. Ensuite, elle fait état de deux approches GNSS en piste 18 facturées à 5 e pièce : là, on pourrait en débattre puisque ce type d’approche en autonomie ne coûte absolument rien au gestionnaire, contrairement à l’approche de précision ILS dont l’installation au sol doit être surveillée et vérifiée périodiquement.

Enfin, et c’est là où le bât blesse, un service AFIS a été facturé 240 e pour 8 minutes de contrôle. Cela ramène le salaire de l’agent AFIS à environ 160 000 e par mois, hors charges sociales. Quand on sait que ces derniers sont généralement payés au SMIC, on peut même parler d’un dérapage très dangereux.

Ce n’est pas le premier et ce ne sera sans doute pas le dernier, comme cette offre commerciale faite par Vinci Airports, le futur exploitant de l’aéroport du Grand Ouest (Notre-Dame-des-Landes), à un propriétaire qui souhaitait savoir ce qu’allait lui coûter à l’année une place de hangar avec handling pour son avion d’affaires. Un devis « hallucinant » selon ce dernier, qui rendait comparativement l’aéroport du Bourget vraiment bon marché, ce qui est un comble !

Nous devons être particulièrement vigilants sur le sujet car l’aviation générale est tout aussi vitale à notre économie que le nautisme, par exemple. De même qu’il ne peut y avoir de croisière sans ports accostables, il ne peut y avoir d’aviation générale sans aérodromes accessibles.

Et il serait tout aussi absurde de croire qu’un propriétaire qui n’a pas les moyens de s’offrir deux approches GNSS et un atterrissage à 340 euros ferait mieux de rester chez lui : le pilotage d’un avion à titre privé n’est pas une passion dont l’économie française pourrait se passer sans dommage. Notre aviation générale, hors construction aérienne, représente 91 % du parc aéronautique français, 9650 emplois directs, 20900 emplois au total, 2,054 milliards d’euros de production cumulée et 4,140  milliards d’euros d’impact économique total : on ne saurait balayer ceci d’un revers de la main.

Que la société Vinci, qui gère une centaine de parking dans Paris intra-muros, établisse ses tarifs selon la loi de l’offre et de la demande, ce qui dissuade désormais les automobilistes qui se déplacent à titre privé de les utiliser, est un moindre mal car il existe des solutions alternatives. Mais ce n’est pas le cas pour l’espace aérien et les pilotes. Alors, par pitié, ne menaçons pas le fragile équilibre actuel que connaît l’aviation générale avec de pareils dérapages !